—Un prêtre que je connais à travers des gens de notre intimité, disait dernièrement à une femme, dont le mari commence à se refroidir auprès d'elle: «Il faut, voyez-vous, ma chère enfant, qu'une femme honnête ait un petit parfum de lorette!»
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—Raphaël a créé le type classique de la vierge par la perfection de la beauté vulgaire,—par le contraire absolu de la beauté, que le Vinci chercha dans l'exquisité du type et la rareté de l'expression. Il lui a attribué un caractère de sérénité tout humaine, une espèce de beauté ronde, une santé presque junonienne. Ses vierges sont des mères mûres et bien portantes, des épouses de saint Joseph. Ce qu'elles réalisent, c'est le programme que le gros public des fidèles se fait de la Mère de Dieu. Par là, elles resteront éternellement populaires: elles demeureront de la vierge catholique, la représentation la plus claire, la plus générale, la plus accessible, la plus bourgeoisement hiératique, la mieux appropriée au goût d'art de la piété.
La VIERGE A LA CHAISE sera toujours l'Académie de la divinité de la femme.
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7 mars.—… Un individu étrange avec lequel Gavarni se fait une fête de dîner un de ces jours. C'est un Italien, au passé inconnu, vivant autrefois à Londres où il tirait de connaissances, à peu près tous les jours, de quoi risquer quelques schellings dans les maisons de jeu de la populace. Habitué d'un tripot où il était défendu de dormir, et où il n'y avait rien pour s'asseoir, on l'appelait la mouche, par l'habitude qu'il avait prise de dormir, appuyé contre les murs. Un soir, le jeu s'avive, et un souverain tombe de la table et roule jusqu'à lui. Il avance un pied nu sous une botte qui n'avait guère que le dessus, et saisissant la pièce d'or avec l'orteil, il reste jusqu'au matin, sans le ramasser, de peur d'être soupçonné. Le matin, pour la première fois de sa vie, se trouvant au monde avec un souverain dans sa poche, cet homme, qui ne se couchait jamais, songea à coucher dans un lit. Il frappe à une maison garnie, où il est reçu. A dix heures il est réveillé par la bonne qui lui demande s'il veut déjeuner avec ses maîtresses, deux vieilles governess. Il plaît, devient, quelques jours après, l'amant de l'une, l'épouse, donne bientôt à toutes les deux le goût du jeu, et les ruine. Puis quand il les a ruinées, il fait convertir sa femme au catholicisme, puis sa belle-soeur, et, de l'argent reçu des lords catholiques, tente le jeu à Hombourg, gagne 200, 000 francs, reperd et maintenant… Savez vous ce qu'il fait? Il va de cabaret en cabaret, autour de la barrière de l'Étoile, organiser une société de jeu parmi les compagnons maçons, pour laquelle il ira jouer en Allemagne, sous la surveillance d'un comité d'une dizaine de maçons, costumés en habit noir, et qui n'auront qu'à manger et à se promener.
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12 mars.—Ce soir on cause de 1830, et le marquis de Belloy, pour nous donner une idée de la confraternité de ce temps, et des folies excentriques et généreuses, et des choses ridicules et grandes qu'elle amenait, nous raconte cette anecdote. Quelque temps avant la représentation de MARION DELORME, il écrit à un ami, étudiant de médecine en province. L'ami trouve de la tristesse dans la lettre, croit à un manque d'argent, ramasse la monnaie qu'il peut, et la lui apporte à Paris. De Belloy n'en avait pas besoin, il le remercie, l'empêche de repartir, et le mène le soir chez sa maîtresse.
Alors, une vie à trois, du matin au soir, pendant quelques jours. Puis, tout à coup, de Belloy ne voit plus son ami, il passe un matin chez lui, et trouve au lit… un monstre. Son ami s'était rasé cheveux, sourcils, barbe, moustaches, et il confesse à de Belloy que, devenu amoureux de sa maîtresse, il a voulu se mettre dans l'impossibilité de la revoir. Et le soir, qui était le jour de la première de MARION DELORME, cet ami modèle, amené au théâtre, faillit faire tomber la pièce. Chaque fois qu'il se retournait pour imposer silence au classicisme, la figure de ce monstre, enthousiaste et glabre, faisait éclater de rire la salle.
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