Au moment de partir, Mme de Sancy, qui est la fille du général Lefebvre-Desnouettes, nous offre aimablement de visiter son musée napoléonien: la chambre de Napoléon à l'hôtel de la rue de la Victoire, léguée à son père.

La porte de cette pièce, qui était mansardée, a tout au plus la hauteur d'un homme un peu grand. Sur un fond brun violacé, des arabesques, genre Pompéi, en camaïeu d'un blanc bleuâtre, et où l'on voit, sous une figuration de la Légion d'honneur, Honneur et Patrie, d'un côté une tête d'homme antique surmontée d'un aigle, de l'autre, une tête de femme antique surmontée d'un crocodile. Le lit est en bois peint en bronze vert, des canons en font les quatre montants, et la flèche du lit est une lance de laquelle tombent des rideaux pareils aux rideaux de la fenêtre, des rideaux de tente, de la cotonnade à grandes rayures bleues. A côté, se trouve une petite commode d'acajou à têtes de lions avec des anneaux dans la gueule. Le bureau sur lequel fut peut-être préparé le 18 Brumaire a, sur les côtés, l'applique de deux glaives antiques, toujours peints en bronze vert. Les sièges simulent des tambours.

On voit dans cette chambre à coucher, l'homme d'avant Brumaire, théâtral déjà. C'est un logis qu'on dirait dramatisé avec les mauvais accessoires d'un théâtre de province.

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23 octobre.—Ce sont, chez l'homme, deux grands glas de la mort de la jeunesse, que le dégoût des sauces de restaurant et le rêve d'une maison de campagne.

—Au fond, la médisance est encore le plus grand lien des sociétés.

—Après un habit mal fait, le tact est ce qui nuit le plus dans le monde.

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29 octobre.—Vraiment, il y a du courage à résister à la tentation du feuilleton, à cette chose qui procure la grosse publicité, sans parler de la place matérielle qu'elle donne à votre individu, et de la présentation toute naturelle qu'elle fait de vous à toutes les femmes de théâtre et de la gloire touchée comptant, et de l'argent sonnant qu'elle met dans votre poche. Être dans son coin, vivre seul et sur soi-même, n'avoir que les maigres satisfactions qui vous touchent de bien loin et dont vous avez si peu conscience: la conscience du succès d'un livre qui n'est jamais au présent, mais toujours dans l'avenir. Être inconnu de ses ennemis, méconnu de ses amis par le renfermé de son oeuvre et le peu de bruit qu'on fait autour de soi-même,—il y a, surtout en ce temps, quelque force à cela.

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