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5 novembre.—Les FOLIES-NOUVELLES. Une vieille garde mal vêtue au contrôle. Le placeur: un ancien rédacteur du MOUSQUETAIRE. Les filles aux avant-scènes et aux loges découvertes, quelques-unes voilées, se dévoilant à demi et se montrant un rien à un monsieur de l'orchestre ou à des jeunes gens d'en face, souriantes ou menaçantes du doigt. A tout moment les ouvreuses suivies de femmes, demandant aux gens placés, le premier rang «pour des dames». Les spectateurs assis de côté et tournant à demi le dos à la scène… A ce théâtre, la fille se sent dans son salon. Elle a les poses penchées de l'orgueil du chez soi et de la calèche. Elle est la juge et la faiseuse des succès littéraires avec ses souteneurs du monde.

Au balcon, des rangs d'hommes au teint blafard, minéralisé, mercurialisé, que les lumières font paraître blanc, une raie androgyne en pleine tête, des hommes odieux par le soin féminin de leur barbe et de leur chevelure, se renversant comme des femmes, s'éventant avec le programme plié en éventail, lorgnant dans des petites lorgnettes de poche en nacre, et gesticulant perpétuellement d'une main chargée de bagues, pour ramener, de chaque côté des tempes, leurs cheveux poisseux en un gros accroche-coeur, tout en se tapotant les lèvres avec la pomme d'or d'une petite canne, ou suçant le sucre d'orge du voyou des cintres.

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—Rêve. Trois statues de la Mort. L'une, un squelette; la seconde, un corps de phtisique portant une grosse tête ridicule; la troisième, une statue de marbre noir. Ces trois statues posées sur des piédestaux dans une chambre, tandis que, dans l'ombre d'un corridor qui ne finit pas, se débattent des formes confuses faisant peur. A un moment, ces trois statues descendent lentement de leurs piédestaux, et me prenant par les bras, et me tiraillant à elles, se disputent ma personne comme des raccrocheuses de trottoir.

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—Je copie ces quelques lignes dans de vieilles notes d'Edmond: «Quand je commençai à être un jeune homme, je me rappelle qu'allant au printemps dans la campagne, j'avais une impression langoureusement triste de cette terre à la pauvre petite verdure, de ces arbres maigrelets, de toute cette puberté souffrante de la nature, et je me surprenais des larmes dans les yeux, gonflé de désirs, les glandes des seins douloureuses, l'âme, pour ainsi dire, pleine de bourgeons. A cette époque, le désir de la femme, non chaudement sensuel, mais plutôt une aspiration vers elle, grêle, malingre, souffreteusement élancée, une aspiration ayant quelque chose de l'impression donnée par la contemplation d'une statuette de vierge gothique. Et peindre ce jour du printemps, un jour non flou, non rayonnant, non tamisé de l'or des chauds soleils, mais un jour aigu, un jour frigidement clair, où les lumières semblent des hachures de blanc sabrant du papier bleu.»

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6 novembre.—Départ pour l'Italie.

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