—Ah! si l'on avait un secrétaire de ses ivresses!

—Au fond, il n'y a au monde que deux mondes: celui où l'on baîlle, et celui où l'on vous emprunte vingt francs.

—Dans l'hypertrophie du coeur, la figure, après la mort, prend le caractère extatique. Une jeune fille qu'on croyait morte à la suite de cette maladie,—son père pleurant au pied de son lit,—rejette soudain le drap qu'elle avait sur la tête, se soulève dans une attitude de prière, montrant un visage à la beauté surnaturelle qui fait croire à un miracle, et après un petit discours de consolation adressé à son père, se recouche et repose le drap sur sa tête, en disant: «Je puis dormir maintenant.»

—J'ai connu un amant qui disait à sa maîtresse se plaignant d'avoir perdu une fausse dent de 200 francs: «Si tu la faisais afficher?»

—Nous continuons intrépidement notre journal dans le vide, avec une foi d'apôtres et des illusions d'actionnaires. Villedeuil est obligé de vendre une collection des ORDONNANCES DES ROIS DE FRANCE pour lui allonger l'existence, puis il découvre un usurier dont il tire cinq à six mille francs. Les gérants, à cent sous la signature, se succèdent: le premier, Pouthier, un peintre bohème, ami de collège d'Edmond, est remplacé par un nommé Cahu, un être aussi fantastique que son nom, et qui est libraire philologique dans le quartier de la Sorbonne et membre de l'Académie d'Avranches; et Cahu cède la place à un ancien militaire, auquel un tic nerveux fait à tout moment regarder la place de ses épaulettes et cracher par-dessus ses deux épaules.

Dans les six mille francs que Villedeuil était censé avoir reçus de son usurier, figurait, pour une assez forte valeur, un lot de deux cents bouteilles de champagne. Le vin commençant à s'avarier, le fondateur de l'ÉCLAIR a l'idée d'enlever le journal en donnant un bal, et en offrant ce bal au champagne, comme prime aux abonnés. On invite toutes les connaissances de l'ÉCLAIR, le bohème Pouthier, un architecte sans ouvrage, un marchand de tableaux, des anonymes ramassés au hasard de la rencontre, quelques femmes vagues, et, à un moment, pour animer un peu cette fête de famille, Nadar, qui commençait une série de caricatures dans notre journal, a l'idée d'ouvrir les volets, et d'inviter les passants et les passantes par la fenêtre.

—Une femme entretenue de notre maison disait à sa bonne: «Vous pourriez bien dire: Madame, s'il vous plaît.—Tiens, je n'ai pas la force de parler, et il faut encore que je dise: Madame, et s'il vous plaît!»

—Le Jéhovah de la Bible, un Arpin. Le Dieu de l'Évangile, un Ésope onctueux, un politique, un agent d'affaires à consultations gratuites et bienveillantes.

—Nous qui avons passé notre enfance à regarder, à copier des lithographies de Gavarni, nous qui étions, sans le connaître, et sans qu'il nous connût, ses admirateurs, nous avons décidé Villedeuil à lui demander des dessins. Et ce soir, un dîner a eu lieu, à la Maison d'Or, où il nous a proposé pour notre journal la série du MANTEAU D'ARLEQUIN.

—Portrait d'un vieux monsieur en omnibus. Face massive et mafflue. Des taches blanchâtres au lieu de sourcils. Yeux en verroterie bleue à fleur de tête. Poches jaunâtres et bleuissantes sous les yeux. Petit nez très relevé au bout couleur de nèfle. Oreilles couleur de vieille cire, avec dessus un duvet blanc comme sur les orties.