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—Il faut à des hommes comme nous, une femme peu élevée, peu éduquée, qui ne soit que gaieté et esprit naturel, parce que celle-là nous réjouira et nous charmera ainsi qu'un agréable animal auquel nous pourrons nous attacher. Mais que si la maîtresse a été frottée d'un peu de monde, d'un peu d'art, d'un peu de littérature, et qu'elle veuille s'entretenir de plain-pied avec notre pensée et notre conscience du beau, et qu'elle ait l'ambition de se faire la compagne du livre en gestation ou de nos goûts; elle devient pour nous insupportable comme un piano faux,—et bien vite un objet d'antipathie.
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22 mai.—J'ai lu un livre de 1830, les CONTES de Samuel Bach. Comme c'est jeune! comme le scepticisme y est un scepticisme de vingt ans! Comme l'illusion traverse l'ironie! Comme c'est l'imagination de la vie et non la vie! Mettez à côté les livres remarquables des jeunes gens depuis 1848. Quel autre scepticisme. Comme il est mûr et formé et bien portant: le scalpel a remplacé le blasphème. Si cela continue, nos enfants naîtront à quarante ans.
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23 mai.—L'insipide chose que la campagne, et le peu de compagnie qu'elle tient à une pensée militante. Ce calme, ce silence, cette immobilité, ces grands arbres avec leurs feuilles repliées sous la chaleur, comme des pattes de palmipèdes… cela met en gaieté les femmes, les enfants, les clercs de notaire. Mais l'homme de pensée ne s'y trouve-t-il pas mal à l'aise comme devant l'ennemi, comme devant l'oeuvre de Dieu qui le mangera et fera de l'engrais et de la verdure de sa cervelle de philosophe? Vous échappez à ces idées dans la pierre des grandes villes.
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—Ma maîtresse me racontait aujourd'hui qu'elle avait une fluxion de poitrine et qu'elle n'avait pas dans le moment l'argent nécessaire pour acheter le nombre de sangsues, commandées pour qu'elle guérît. Elle racontait cette anecdote d'une manière très apitoyante, la pauvre fille! Mais qu'est-ce que cela auprès des terribles souffrances de ceux qui peuvent acheter des sangsues tant qu'il leur plaît! Le tout est de savoir, si un homme qui meurt de male amour ou de male ambition, souffre plus qu'un homme qui meurt de faim. Et moi, je le crois bien sincèrement.
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—Idée d'une insertion dans les petites affiches à propos d'un dîneur qui n'est plus amusant: «A céder un parasite qui a servi.»