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28 mai.—Notre pièce des HOMMES DE LETTRES va être finie—des châteaux en Espagne—et nous nous disons que, si elle nous rapportait de l'argent, beaucoup d'argent, nous nous amuserions à blaguer cet argent, à le fouler aux pieds, à en rire, à en faire abus, à le jeter et à le faire rouler dans l'absurde. Nous qui ne croyons pas qu'avec l'argent on puisse se procurer ni un sens, ni même un bonheur de plus, nous userions de l'argent expérimentalement, nous ferions des folies de dépenses pour essayer entre quatre murs notre originalité, et la légèreté spécifique d'une grosse somme, et le soufflet qu'on peut donner aux adorations de la foule et de la plèbe des riches.
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—Un joli titre pour des souvenirs publiés de son vivant: SOUVENIRS DE MA
VIE MORTE.
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1er juin.—Dans le monde rien ne recommence et l'homme ne doit jamais revouloir la chose qu'il a trouvée une fois bonne. Aujourd'hui chez Maire, les écrevisses bordelaises n'étaient pas réussies… Ah! ce restaurant Maire! aux environs de 1850… du temps qu'il était simplement un marchand de vin, et que derrière le comptoir en zinc, il avait un tout petit cabinet pouvant contenir, les coudes serrés, six personnes. Là, le vieux père Maire, servait lui-même en personne, et dans de la vraie argenterie, aux gens dont il estimait le goût culinaire, servait un haricot de mouton aux morilles, un macaroni aux truffes inénarrable: le tout arrosé de plusieurs bouteilles de ces jolis petits bourgognes, venant de la cave du roi Louis-Philippe, dont il avait acheté la cave presque tout entière.
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4 juin.—Aujourd'hui, vu à l'Hôtel Drouot la première vente de photographies. Tout devient noir en ce siècle, et la photographie, n'est-ce pas l'habit noir des choses?
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7 juin.—Tombé au cabinet de lecture sur un éreintement féroce; où à propos de la publication de nos PORTRAITS INTIMES et de SOPHIE ARNOULD, nous sommes traités de sergents Bertrand de la littérature.