Dîner chez Asseline avec Anna Deslions, Adèle Courtois, Juliette et sa soeur. Anna Deslions, des cheveux noirs opulents, magnifiques, des yeux de velours avec un regard qui est comme une chaude caresse, le nez un peu en chair, la bouche aux lèvres un rien entr'ouvertes, une superbe tête d'adolescent italien, éclairée de la coloration dorée de Rembrandt en ses têtes juives. Adèle Courtois, une vieille célébrité de la galanterie. Juliette une blondinette toute chiffonnée, toute frisottée, aux cheveux lui mangeant entièrement le front, une blondinette ayant quelque chose du pastel de la Rosalba au Louvre; «la Femme au singe», et tout à la fois de la femme et du singe.
Juliette est flanquée de sa soeur, une petite maigriotte enceinte, à l'apparence d'une araignée au gros ventre. Ces quatre femmes décolletées en triangle dans le dos, sont en robe blanche, dans des étoffes d'écume à mille volants.
Et pour accompagner la fête, le pianiste Quidant, à l'esprit si foncièrement parisien, à l'ironie féroce, qui a baptisé Marchal «le peintre des connaissances utiles».
Conversation sur les maîtresses de l'Empereur, sur la Castiglione, sur la jalousie de l'Impératrice, conversation tout à coup coupée par Juliette, jetant: «Vous savez le joli mot de Constance sur l'Empereur: «Si je lui avais résisté, je serais Impératrice!»
Juliette tressautant sur sa chaise, battant la mesure avec son couteau sur son assiette, parle javanais au milieu d'éclats de rire nerveux et d'une gaieté comédienne.
Un nom d'homme est prononcé, à propos duquel Deslions jette à Juliette:
—Tu sais, cet homme que tu as tant aimé et pour lequel tu t'es tuée?
—Oh! je me suis tuée trois fois!
—Enfin, tu sais bien, chose… chose…
Juliette met la main devant son front, comme une personne qui regarde au loin, et cligne des yeux pour voir si elle n'aperçoit pas ce monsieur sur le grand chemin de ses souvenirs.