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Samedi 11 avril.—La liberté et le bon marché de la vie, c'est ce que devrait nous payer un gouvernement républicain.
Or, le gouvernement républicain de l'heure actuelle en fait de liberté, a adopté les mesures liberticides des anciens gouvernements. Je ne citerai que la censure théâtrale… Quant au bon marché de la vie, l'existence à Paris, et même en province, a presque décuplé depuis Louis-Philippe, en grande partie par la grande prépondérance donnée par le gouvernement à la société juive, et cela parallèlement à la diminution de la rente, à la baisse des fermages: les deux capitaux et les deux revenus des Français, qui ne sont pas juifs, qui ne sont pas tripoteurs d'argent.
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Dimanche 12 avril.—Ce soir, à dîner, la conversation est allée, je ne sais comment, au NEVEU DE RAMEAU, et témoignant mon admiration pour cette merveilleuse improvisation dans cette langue grisée, avec ces changements de lieux, ces brisements de récits, ces interruptions brusques et soudaines de l'intérêt, je comparais ce livre, au livre de Pétrone, au festin de Trimalcion, avec ses trous, ses lacunes, ses pertes de texte.
Je trouvais Daudet triste, très triste, et il me disait que tant qu'il a eu des jambes, tant qu'il pouvait aller, marcher, quoi qu'il pût craindre, il y avait chez lui une tranquillité d'esprit, parce qu'il tenait si peu à sa peau… mais que maintenant, il se sentait mal à l'aise moralement, inquiet, tourmenté par l'idée de ne plus se sentir le défenseur de sa maison, le protecteur des siens.
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Mercredi 15 avril.—Paul Alexis, de retour de sa province, vient m'apporter un exemplaire sur papier de Hollande de MADAME MEURIOT. Le pauvre garçon n'a pas hérité. Le peu qui lui est échu de son père, il l'a laissé à sa mère, et le voilà condamné, le paresseux et lambin plumitif, à gagner sa vie ainsi qu'auparavant.
Il m'entretient de ses projets littéraires. Il veut d'abord sous le titre du COUSIN TINTIN, faire une nouvelle, puis une pièce pour Baron, de l'histoire d'un faux testament fabriqué par la sœur d'un défunt. Il roule encore dans son esprit le roman d'une jeune fille, élevée au Sacré-Cœur, un Sacré-Cœur de province, un roman documenté par les conversations de sa mère et de sa sœur, et dont le premier chapitre lui aurait été inspiré par la morphinomane, assassinée ces jours-ci. Oui, il montrerait la mère amenant l'enfant au couvent, et abrégeant les adieux par la hâte qu'elle a de se morphiner… Alors viendrait l'étude de l'élevage de la jeune fille, puis sa sortie, le jour où sa mère serait assassinée, puis sa rentrée au couvent: une existence qui n'aurait qu'un jour de la vie du monde.
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