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Jeudi 2 juillet.—Dans la vie littéraire, il y a une chose délicate, c'est le contact avec les critiques éreinteurs: leur faire grise mine, ce n'est pas distingué, être aimable avec eux, ça a quelque chose de plat. Aussi je veux donner de mon journal, dans les volumes qui paraîtront encore, donner sur Sarcey et les autres, des extraits tels, que nous puissions nous donner entre gens similairement éreintés, des poignées de main, d'égaux à égaux.
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Vendredi 3 juillet.—En littérature, je crois qu'il est possible à un homme, non doué littérairement, d'acquérir un certain tact de la matière. Mais en musique et en peinture, le non doué musicalement ou picturalement est condamné à n'avoir jamais le sentiment intelligemment raffiné de la musique ou de la peinture. Ce sont des choses si subtiles, qu'un son, qu'un ton. Et quant à la peinture, c'est de la blague: le sentiment, l'esprit, l'ingénuité, l'honnêteté, toutes ces qualités inventées par les Thiers, les Guizot, les Taine, tous ces professeurs de peinture qui n'auraient pas été foutus de reconnaître la plus ignoble copie d'un original. Il n'y a en peinture que la tonalité et la beauté de la pâte.
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Samedi 4 juillet.—Dans une coupe à saké, en laque rouge, je trouve une petite Japonaise, d'après l'idéal de beauté rêvé par ce peuple: la femme ayant les cheveux noirs, du noir de la laque dont ils sont faits, et le visage ciselé dans un morceau de nacre, apparaissant en une blancheur transparente.
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Lundi 6 Juillet.—Au Musée Guimet. Tout en me montrant la malle de voyage de je ne sais quel antique shogun, contenant les armoiries des grands feudataires du Japon, et le nombre de sacs de riz que produit chacune de leurs provinces: malle qui était pour lui un mémento pour l'établissement de l'impôt, le fondateur du Musée me conte ceci: Il avait fait venir un bonze de Ceylan, qui du moment qu'il n'a plus porté le vêtement de prêtre, ne s'est plus senti un pratiquant, n'a plus prié, et dans le vide de l'occupation de ses prières, a été pris d'un ennui formidable, si formidable, qu'un jour voyant passer une procession, et étant témoin de la vénération, dont était entouré le porteur du Saint-Sacrement, il avait été repris du désir des pratiques religieuses, du désir de prier, si bien qu'il s'était fait catholique, et s'il vous plaît, un catholique exalté, passant toute sa vie dans les églises, en sorte que M. Guimet avait été obligé de le renvoyer, parce qu'il ne lui était d'aucune utilité pour les recherches sur les religions de l'Orient, et qu'il n'était au fond qu'un sacristain.
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Mardi 7 juillet.—Visite à Robert de Montesquiou.