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Vendredi 26 septembre.—Aujourd'hui le jeune Hayashi me dit: «Voulez-vous me permettre de vous demander un renseignement?… Vous avez le masculin et le féminin dans votre langue… je le comprends pour l'homme et la femme… mais pour les choses inanimées.» Et il me montre un bol: «Pourquoi ceci est-il masculin?» Et après il me montre une tasse: «Pourquoi cela est-il féminin?» J'ai été embarrassé comme du pourquoi troublant d'un enfant.

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Mercredi, 1er octobre.—Lockroy, qui est venu dîner, raconte ses prisons, se plaint de l'enfermement de huit heures du soir, de ce qu'on appelle être bouclé, et qui vous fait passer toute la nuit sans secours, si on est malade, comme il l'a éprouvé, du temps où il avait de grandes constrictions du cœur. Il dit que la prison est supportable trois mois, mais que, passé ce terme, il se développe chez le prisonnier un besoin de sortir qui s'accentue tous les jours, et il déclare que le travail est impossible en prison: le travail ne pouvant s'obtenir que dans une séquestration volontaire et non forcée.

Un amusant épisode d'un de ces séjours en prison. Pendant la Commune, il prend un fiacre, et va faire une visite à un ami, aux environs de Paris. Il est arrêté par les hussards du général Charlemagne, et envoyé dans son fiacre à Versailles. Il est mis en prison, où il reste trois semaines, et comme il n'avait pas sur lui de quoi payer le fiacre, tous les matins le cocher se présentait à la prison, lui faisait dire qu'il était à ses ordres, et en quittant la prison, il avait trois semaines de fiacre à payer.

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Jeudi 2 octobre.—La falsification de tout ce qui se mange et se boit à Paris, est-elle bien organisée! Il y avait ces années-ci, une laiterie, dont je ne me rappelle plus le nom, qui avait pour faire la prison des falsifications, un employé, auquel on donnait un traitement de 1800 francs.

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Vendredi 3 octobre.—Il y a eu chez Hugo, dans le règlement de sa vie un méthodisme incroyable. Le jour tombé, il ne lisait pas, aux lumières, une ligne d'un journal, une ligne même d'une lettre: il la mettait dans sa poche, disant qu'il la lirait le lendemain. Et Mme Lockroy, nous racontait, ce soir, qu'au commencement de la guerre, où tout le monde haletait après les nouvelles, un jour de brouillard, où les journaux étaient arrivés à la nuit, et où on se les arrachait, il n'avait touché à aucune des feuilles éparses devant lui, demandant qu'on lui racontât ce qu'il y avait dedans.

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