Samedi 4 octobre.—Un conte fantastique à la Poë à faire avec ceci. On a calculé qu'avec l'aurification des dents, générale chez tout le monde aux États-Unis, il y avait 750 millions d'or dans les cimetières. Supposons au bout de beaucoup d'années, où les millions seront changés en milliards, une crise financière, et la recherche impie et macabre de cet or.
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Mardi 7 octobre.—Dîner avec un Russe, un chambellan de l'Empereur, qui affirme que Tourguéneff n'était pas un Russe sincère, qu'il jouait à Paris le nihiliste, tandis que là-bas, il se montrait un aristocrate renforcé. L'opinion de ce Russe, c'est que Tourguéneff n'a de valeur qu'en ces premiers ouvrages, dans les scènes retracées du temps de son adolescence, où il a donné de véritables photographies de son pays. Et d'après les paroles du dîneur, il me semble que Dostoïevsky, est dans ces années, l'auteur le plus russe, l'auteur reproduisant le plus fidèlement l'âme de ses compatriotes.
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Mardi 14 octobre.—Voici la dédicace que j'ai mise à l'exemplaire de Renan:
À RENAN
Un ami de l'homme—et quelquefois, un ennemi de sa pensée.
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Jeudi 16 octobre.—En corrigeant les épreuves d'Outamaro, je pensais à la tendance de mon esprit de n'aimer à travailler que d'après du neuf, d'après des matériaux non déflorés par d'autres. D'abord des recherches dans les autographes et les documents inédits du XVIIIe siècle, puis après, et avant tout le monde, le roman naturaliste,—aujourd'hui des travaux sur ces artistes du Japon, ces artistes qui n'ont pas encore, à l'heure présente, de biographies imprimées.
Chez Charpentier, je tombe sur Zola, qui vient d'apporter le commencement de la copie de son volume sur l'Argent.