«Son livre se compose de douze chapitres. Il en a fait huit, il ne lui en reste plus que quatre… Il n'est pas tout à fait content de son livre, mais il ne faut pas le dire trop haut… ça pourrait nuire… et il y a d'autres livres dont il n'était pas content, et qui ont marché cependant… et puis, il n'est pas possible que tous les livres, quand on en produit un certain nombre, aient la même valeur… Enfin l'Argent, c'est bon comme mobile d'une action… mais dans l'Argent pris comme étude, il y a trop d'argent.»
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Samedi 18 octobre.—C'est superbe, les journalistes m'accusent de n'avoir ni patriotisme ni cœur, ils nient même mon affection fraternelle. Pourquoi? simplement parce que mes souffrances patriotiques et mes deuils de cœur: c'est écrit. Si cela ne l'était pas, j'aurais—et à en revendre—tout ce qu'on dit me manquer.
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Mercredi 22 octobre.—Margueritte vient me faire sa visite d'adieu, avant son départ. Il ne va pas cet hiver en Algérie, trouvant que l'humidité chaude de là-bas, le rend cérébralement paresseux. Il va en Corse, où il espère une atmosphère moins déprimante, et où il s'imagine trouver quelque chose à faire de neuf: la Corse n'ayant point été explorée depuis Mérimée.
Lavoix me disait, ce soir, s'être trouvé à Jérusalem, avec un placeur de vin, très voltairien, qu'un jour il rencontre dans la rue, tout bouleversé, tout extraordinaire, et qui interrogé par lui sur ce qu'il avait, lui répondit: «Je viens du tombeau du Christ, où je ne sais pas ce qui m'est arrivé, j'ai voulu dire une prière… je les avais oubliées… et je rentre à l'hôtel pour en apprendre une.»
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Lundi 27 octobre.—J'ai passé aujourd'hui toute la journée chez Lenoir, à chercher et à retrouver la ressemblance de mon frère, sur l'ébauche du médaillon, qu'il fait en découpure pour sa tombe. Je suis parvenu, en guidant l'ébauchoir du sculpteur, à affiner la grosse et large matérialité qu'il avait donnée à sa figure, à resserrer le bas du visage, où il y avait une si jolie et si petite touche, ce bas du visage que tous les dessinateurs ont allongé au détriment du haut de la tête; je suis parvenu à lui refaire la ligne du nez tout à fait juste. Et c'est une petite joie intérieure, en interrogeant les menteuses photographies et les incomplets dessins étalés sur un divan, de faire revenir dans ce morceau de terre, petit à petit, et autant que le souvenir le permet, de faire revenir le profil aimé…
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Mardi 28 octobre.—C'est étonnant, comme toute ma vie, j'ai travaillé à une littérature spéciale: la littérature qui produit des embêtements. Ç'a été d'abord les romans naturistes que j'ai écrits, puis les pièces révolutionnaires que j'ai fait représenter, enfin en dernier lieu le JOURNAL. Il y a tant de gens auxquels la littérature ne fait que rapporter des caresses pour leurs nerfs.