Constans méridional, Floquet méridional, Daudet méridional, le musicien Chabrier, qui dînait, méridional… Ah! ce pauvre Nord est-il battu en ce moment par le Midi!
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Dimanche 8 mars.—Daudet me confiait qu'il avait cherché ces jours-ci à retrouver dans sa mémoire son enfance, et que la légende qui faisait de lui, à cette époque, un catholique fervent, était une légende. C'était, disait-il, le coquet surplis avec lequel il servait la messe, l'élégante calotte qu'il avait sur ses cheveux bouclés, les compliments sur sa charmante petite personne, les louanges sur sa jolie voix de ténorino, qui lui donnaient l'air d'un enfant confit en dévotion.
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Mardi 10 mars.—Hayashi m'apporte aujourd'hui une traduction des passages importants des MAISONS VERTES d'Outamaro.
Je lui parle des biographies, avec lesquelles je voudrais faire mon art japonais du XVIIIe siècle, lui citant les noms de Ritzouo et de Gakutei.
De Ritzouo, il me raconte ceci. Il a débuté en vendant, sur le pont de Riôgoku (le Pont Neuf de la Soumida à Yedo) des bouts de bois ornementés, mais d'une ornementation très économique, parce qu'il manquait absolument d'argent. Et en même temps il faisait des dessins en plein air. Un jour qu'il avait sa petite exposition devant lui, passait le prince de Tsugarou, qui regardait l'étalage, et lui disait d'envoyer chez lui tous ses morceaux de bois. Et il travaillait un temps pour le prince, ornant alors ses travaux de bois, de belles et riches matières, et en faisant de somptueux objets d'art que collectionnait le prince, et dont il faisait cadeau aux daïmio, ses amis. Et le prince le prenait en telle affection, qu'il voulait en faire son ronin. Mais arrêté dans son désir par le caractère de ses œuvres, qui étaient les œuvres d'un artisan, et non d'un poète ou d'un savant, il lui demandait une fois, s'il n'avait pas un autre talent que celui d'ornemaniste. Ritzouo, à la demande du prince, répondait qu'il était un savant militaire, un tacticien. Le prince le faisait alors interroger par le tacticien attaché à sa maison, qui venait trouver le prince, tout stupéfait de la science militaire de Ritzouo, et lui demandait de le prendre comme tacticien en titre, heureux d'être son second.
De Gakutei, de l'artiste des sourimono, du dessinateur de la femme sacerdotale, Hayashi me raconte cela. C'était un littérateur, un littérateur donnant ses inspirations à Hokousai, et qui à la fin fut si charmé, si séduit par son talent, qu'il devint peintre et se fit son élève.
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Jeudi 12 mars—En rentrant chez moi, enfin une lettre qui m'apporte une bonne nouvelle, une lettre de l'Odéon me demandant des brochures, pour commencer les répétitions de la reprise de GERMINIE LACERTEUX.