Lundi 16 mars.—Un article de Mirbeau dans l'Écho de Paris, prenant ma défense contre M. de Bonnières, un article du tact le plus délicat et de la méchanceté la plus distinguée. C'est à l'heure qu'il est, le seul valeureux dans les lettres, le seul prêt à compromettre un peu de la tranquillité de son esprit, le seul prêt à se donner un coup de torchon. Ç'a été mon seul défenseur, mon seul champion, quant aux habitués de mon Grenier, pas un n'a dépensé pour moi une plumée d'encre.

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Vendredi 20 mars.—Dernière répétition de GERMINIE LACERTEUX. Très grand caractère, le nouveau décor du cimetière Montmartre, exécuté d'après l'aquarelle de mon frère. Je ne sais décidément pas si la pièce est bonne ou mauvaise, mais pour moi, c'est un fort emmagasinement d'émotions dramatiques.

Ce soir, au dîner des Spartiates, on soutenait que l'homme de l'Occident, était une individualité plus entière, plus détachée, plus en relief sur la nature, moins mangée par l'ambiance des milieux, par cela même une individualité plus déteneuse d'une volonté propre que l'homme de l'Orient, dont l'individualité est comme perdue, fondue, noyée, dans le grand Tout, en son exubérance de végétalité et d'animalité, et faisant de l'homme de là-bas la proie du nirwanisme, de cette lâche et souriante veulerie d'une volonté, qui semble avoir donné sa démission, devant le rien qu'est l'humanité en ces contrées exotiques.

Et un dîneur disait à ce sujet une chose curieuse. Il déclarait que lui, resté un fervent catholique, sur cette terre, il sentait un peu mourir chez lui l'idée religieuse, ne croyant plus que Dieu pût s'intéresser à la prière de l'animalcule qu'il lui semblait être, en cette poussée incessante et ce fourmillement de création!

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Samedi 21 mars.—À huit heures et demie, nous partons avec les Daudet, pour assister à la reprise de GERMINIE LACERTEUX. J'avoue que j'ai une petite émotion, et un peu peur que la bataille de la première ne recommence. Non, les tableaux défilent, et pas un oh! pas un mouvement de répulsion, pas un timide chuchotement, pas un sifflet. Des trois rappels à chaque acte. Il n'y a de désapprobateur dans la salle, que la grosse tête de Sarcey jouant l'ennui.

Du reste, sauf le tableau du bal, qui manque de cohésion, jamais GERMINIE LACERTEUX n'a été jouée comme cela. Dumény est tout à fait entré dans la peau et la canaillerie de Jupillon. Mme Crosnier qui ne laisse plus tomber les pénultièmes de ses mots a apporté dans son rôle, une énergie, une verdeur, une puissance qu'elle n'avait pas encore déployées. Réjane a été admirable: elle a dit la scène de l'apport de l'argent comme la plus grande artiste dramatique, ainsi que l'aurait pu dire Rachel.

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Lundi 23 mars.—Le raccrochage sur les quais l'hiver.