Le second chapeau vert était donné à du Boys, garçon doux et tranquille, qui, un jour, venait conter à Mme Daudet des choses d'une violence terrible, coiffé de ce chapeau.

Enfin le troisième chapeau était donné à Gill le caricaturiste.

Et tout le monde sait que les trois porteurs des chapeaux verts, sont morts fous.

Après dîner, je cause avec Rodin qui me raconte sa vie de labeur, son lever de sept heures, son entrée à l'atelier à huit, et son travail, seulement coupé par le déjeuner, allant jusqu'à la nuit: travail debout ou perché sur une échelle qui l'écrase le soir, et lui donne le besoin de son lit, au bout d'une heure de lecture.

Il me parle de l'illustration des poésies de Baudelaire, qu'il est en train d'exécuter pour un amateur, et dans le fond desquelles, il aurait voulu descendre, mais la rémunération ne lui permet pas d'y mettre assez de temps. Puis, pour ce livre qui n'aura pas de publicité, et qui doit rester enfermé dans le cabinet de l'amateur, il ne se sent pas l'entrain, le feu d'une illustration, commandée par un éditeur. Et comme je lui dis un mot du désir, que j'aurai un jour de lui voir illustrer: Venise la Nuit, il me fait observer, qu'il est un homme du nu et non de draperies.

Il s'étend ensuite longuement sur le buste de Hugo qui n'a pas posé, mais qui l'a laissé venir à lui, autant qu'il a voulu, et il a fait du grand poète un tas de croquetons—je crois soixante, à droite, à gauche, à vol d'oiseau,—mais presque tous en raccourcis, dans des attitudes de méditation ou de lecture, croquetons avec lesquels, il a été contraint de construire un buste.

Et Rodin est plaisant à entendre conter les batailles, qu'il a eu à livrer, pour le faire tel qu'il le voyait, les difficultés qu'il a rencontrées, à se faire permettre par la famille, de ne pas adopter l'idéal conventionnel, qu'elle se faisait de l'écrivain sublime, de son front à trois étages, etc., etc., enfin à rendre et à modeler le masque qui était le sien, et non celui qui avait été inventé par la littérature.

Gustave Geffroy, qui vient de réveillonner chez Rollinat, racontait que le curé de l'endroit, qui leur a donné à déjeuner le lendemain de Noël, quand il se mettait à dire, ce curé singulier, quelque chose d'un peu vif, d'un peu audacieusement philosophique, jetait au commencement de sa phrase: «Si j'étais un homme!»

C'est vraiment un intelligent et original commencement de phrase pour un curé!

ANNÉE 1888