Dimanche 1er janvier 1888.—Un triste jour de l'An. À neuf heures du matin un feu de cheminée qui se communique à la chambre de fumisterie, et qui nous fait craindre un incendie de la maison. C'est vraiment de la malechance, que moi, dont toute la fortune est en bibelots, je sois tombé sur une maison, où un architecte, pour avoir la ligne décorative d'un toit couronné par une seule cheminée, ait adopté un système de chauffage qui vous tient toujours sous la menace du feu.

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Mardi 3 janvier.—Pensées crayonnées, dans un «Journal intime» de jeune fille inconnue, qui m'est arrivé par la poste:

«Les femmes vraiment tendres ne sont pas sensuelles. La sensualité les dégoûte. Elles sont seulement voluptueuses de cœur, dans toute l'étendue de la tendresse de ce cœur.»

«Oh le pauvre cœur de femme qu'un rien de l'être aimé, émeut, exalte, froisse!»

«Instruites, comme elles sont en train de l'être, les femmes ne s'appuieront plus seulement sur leur cœur.»

«Le premier livre, que je me rappelle avoir reçu en cadeau, était un PAUL ET VIRGINIE. Ce livre a laissé dans mon cœur une empreinte, qui a grandi en moi, comme l'entaille faite à l'écorce d'un arbre. C'est pourquoi je ne puis me décider, comme tant d'autres, à me marier sans mon cœur.»

«Une femme qui n'a ni mari ni amant, ne peut écrire des romans. Elle ne sait rien de la vie vécue. La seule littérature qu'on puisse supporter d'elle, est de la littérature à l'usage des enfants.»

«À deux jeunes mariés, qui arrivent déjeuner et s'embrassent encore: «Vous ne pourriez pas descendre de votre chambre tout embrassés

Et sur l'un des derniers feuillets du carnet se trouve: Histoire de plusieurs cœurs de jeunes filles, que j'ai connues. Malheureusement il n'y a que le titre, un titre alléchant s'il en fut jamais.