Dimanche 15 janvier.—Ce matin, fini la pièce de GERMINIE LACERTEUX.
Ce soir, dîner en tête à tête chez les Daudet, et arrangement pour la lecture de la pièce à Porel. Daudet se défendant d'y assister, pour me laisser mettre la main tout à l'aise sur le directeur: «On ne met pas la main sur Porel, lui dis-je, savez-vous qu'il me fait l'effet de cette chose coulante et fugace entre vos doigts, qu'on appelle le mercure.»
* * * * *
Mercredi 18 janvier.—Sans qu'il y eût de traité signé et d'engagement verbal absolu, il était presque entendu avec Hébert de chez les Didot, que, la du Barry serait le livre illustré de l'année prochaine, comme la Pompadour avait été le livre illustré de cette année. Aujourd'hui, je vois Hébert, et lui demande, s'il faut ramasser les éléments de l'illustration du livre, il me répond que les Didot renoncent à la publication, devant l'article qui vient de paraître dans la Revue des Deux Mondes, et il me tend un article de M. Brunetière, intitulé: LES LIVRES d'ÉTRENNES. (Décembre 1887).
Le critique s'exprime ainsi: «Parmi ces beaux livres, il y en a d'abord deux ou trois, dont nous sommes un peu étonnés d'avoir à parler dans le temps des étrennes, tel est le volume de MM. Edmond et Jules de Goncourt sur Mme de Pompadour… Mais enfin, si les livres d'étrennes, selon l'antique usage qui avait bien sa raison d'être, et sans prêcher la vertu et le renoncement, devraient pouvoir être lus et feuilletés indifféremment par tout le monde, on eût sans doute mieux fait d'attendre un autre temps et une autre occasion pour publier, cette nouvelle édition de Mme de Pompadour…
Cette Revue des Deux Mondes, à l'heure présente, est vraiment,—vraiment, bien pudibonde.
* * * * *
Jeudi 19 janvier.—Je ne sais comment, aujourd'hui, mes mains se sont portées sur une petite glace de toilette de ma mère, en ont fait glisser le couvercle, et la glace entr'ouverte, devant sa lumière comme usée, et d'un autre monde, j'ai pensé à la nouvelle délicatement fantastique, qu'on pourrait faire d'un être nerveux, qui dans de certaines dispositions d'âme, aurait l'illusion de retrouver dans une glace, au sortir de sa nuit, la vision, pendant une seconde, de l'image reflétée du visage aimé, restée fixée dans l'obscurité.
* * * * *
Samedi 21 janvier.—Porel est venu, ce matin, déjeuner avec Daudet chez moi, et je lui ai lu la moitié de la pièce avant déjeuner, et l'autre moitié après. Avant le déjeuner la pièce paraissait reçue, mais au fond j'avais comme une crainte, que cette apparente réception fût dans l'intérêt de la gaîté du déjeuner, et je redoutais qu'un tableau quelconque de la seconde partie de la pièce, servît à Porel, de prétexte à un refus, aussi quand au septième tableau, il fit une mine de tous les diables: «Bon, dis-je, je suis refusé!»