Enfin la lecture s'acheva, et Porel me demanda un petit changement au tableau de la BOULE-NOIRE, voyant un bal de ce genre, non pris de face, mais de côté et par un coin de la salle, me demanda encore,—c'était plus grave,—la suppression du septième tableau, disant: «Je vous jouerai, et je vous jouerai avec ce tableau, si vous l'exigez», mais, pour moi, il compromet la pièce… car, il faut vous attendre, que pour cette pièce, dans les conditions où vous l'avez faite, vous allez avoir tous vos ennemis prêts à vous agripper… eh bien, il faut leur donner le moins possible de prise sur vous.»
L'observation de Porel sur le bal de la BOULE-NOIRE est parfaitement juste, et rend le tableau plus distingué. Quant au septième tableau, c'est incontestablement d'un comique, canaille, dangereux, mais c'est enlever un morceau important de la biographie de Germinie, puis c'était pour moi un tableau comique, placé avec intention entre deux tableaux dramatiques. Enfin soit, il est permis, n'est-ce pas, à tout auteur amoureux de son art, d'espérer que ses pièces seront jouées après sa mort, telles qu'elles ont été écrites, telles qu'elles ont été imprimées. Et j'ai consenti à la suppression.
Porel me quitte, en allant à la sortie de chez moi, aux Variétés pour engager Réjane.
Forte émotion, et brisement de l'être. Et cependant il faut aller, ce soir, à un dîner privé chez Frantz-Jourdain. À ce dîner, se trouve Périvier, du Figaro, que je n'avais jamais vu, et qui conte cette curieuse anecdote, sur l'entrée d'Ignotus au Figaro.
Alors secrétaire, et dépouilleur du courrier de Villemessant, Périvier reçoit, un matin, un article, auquel était jointe une lettre très mal rédigée, et le voilà jetant l'article et la lettre au feu.
Par un hasard, le feu s'était éteint, et l'article et la lettre n'étaient point brûlés le soir, quand Périvier se déshabille pour se coucher. Un remords de conscience le prend. Il retire l'article de la cheminée, le lit, le trouve très bien, va réveiller Villemessant, chez lequel il demeurait.—Il faut dire, pour le bonheur de l'auteur de l'article, que dans le moment Saint-Genest absent manquait à la rédaction, et que l'article était un article politique sur un de Broglie quelconque.—Villemessant de lui commander de porter l'article à l'imprimerie et de le faire composer de suite. L'article était signé Unus, mot que n'aime pas et ne comprend pas Villemessant, qui, on le sait, n'avait pas fait ses humanités. Il veut qu'on signe l'article d'un mot, comme inconnu. Sur ce désir, Périvier prononce le mot: Ignotus, qui est agréé par Villemessant.
L'article a un grand succès. On appelle l'auteur au journal, mais pendant trois mois, avant de donner son nom de Platel, le nouveau rédacteur envoie de province des articles, signés: Unus.
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Mercredi 25 janvier.—Un grand, un grandissime dîner chez la princesse. On reçoit les Alphonse Rothschild: Mme Alphonse, hélas! bien changée depuis les années, où je l'ai vue à Ferrières, et chez mon cousin de Courmont. Avec elle, dîne sa fille mariée à un Ephrussi, une jeune mariée qui a toutes les grâces, toutes les gentillesses, toutes les fraîcheurs d'une fillette, dans une robe de lampas rose, aux immenses fleurs, rappelant la richesse des étoffes peintes dans les anciens tableaux.
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