Mardi 7 février.—Ce matin, Raffaëlli me demande à faire mon portrait en pied, pour l'exposition, avec l'insistance la plus gracieuse. Il le fera chez moi, et s'engage à ne pas dépasser quinze séances.
* * * * *
Vendredi 10 février.—À propos de jolis détails amoureux, sur les vieux et les vieilles de Sainte-Périne, je répétais au jeune Maurice de Fleury, qu'il avait là un admirable roman à écrire,—le roman manqué par Champfleury,—et qu'il fallait continuer à prendre des notes, tous les jours, et à ne pas se hâter, et à attendre que son talent fût mûr, pour faire avec tout le temps nécessaire, une belle étude bien fouillée sur ces vieillesses des deux sexes.
* * * * *
Dimanche 12 février.—Ce soir, dîner chez Bonnetain, qui pend la crémaillère de son nouvel appartement. C'est un petit corps de logis, dont la pièce principale est un grand atelier. Bonnetain l'a meublé, l'a égayé avec de la japonaiserie à bon marché, d'immenses éventails, quelques objets grossiers rapportés de là-bas; mais toute cette bibeloterie colorée est amusante par sa fantaisie, et son exotisme. Et là dedans encore, il a eu l'idée d'installer deux paravents qu'il a fait couvrir d'affiches de Chéret, dont les colorations se marient au mieux avec la japonaiserie des murs.
Un dîner, où se succèdent des bouteilles, des bouteilles, des bouteilles.
* * * * *
Mardi 14 février.—Aujourd'hui, qui se trouve être un mardi gras, ignoré par moi, et où est fermée la bibliothèque du Musée Carnavalet, me voilà dans le faubourg Saint-Antoine, au milieu duquel le carnaval se révèle seulement par la vue d'enfants ayant, sur leurs jeunes et frais visages, de gros nez pustuleux d'ivrognes, et sous ces nez pustuleux d'horribles moustaches grises.
Si près de la Bastille, moi, habitant d'Auteuil, qu'un hasard mène si rarement dans ces quartiers lointains, je me sens le désir de revoir ces vieux boulevards: ce boulevard Beaumarchais, ce boulevard des Filles-du-Calvaire, ce boulevard du Temple; ces trois boulevards, qui d'un bout à l'autre exposaient à leurs vitres, et un peu en plein air, le musée du rococo;—ces boulevards aux candides et sales boutiques de ferrouillats, ignorant encore la mise en scène et le montage de coup, par la brochure et la photographie, de l'objet d'art, montré sous un coup de jour, dans le clair-obscur d'un petit salon ad hoc.
Bien rares, hélas! sont les noms connus du temps de ma jeunesse.