* * * * *
Samedi 27 octobre.—Rassérènement complet. Porel m'écrit que la note du Gil Blas ne veut rien dire, et qu'on lira GERMINIE LACERTEUX, le lendemain de la reprise de CALIGULA, c'est-à-dire le 8 novembre.
* * * * *
Lundi 29 octobre.—Peut-être y a-t-il dans mon goût pour la japonaiserie, l'influence d'un oncle, l'oncle Armand, le frère préféré de ma mère.
Il avait été officier de hussard sous l'Empire, et il était le type de ce joli et charmant officier de cavalerie légère, à la chevelure et aux moustaches blondes, comme papillotées. Et quand il fut marié, et qu'il eut acheté une maison à Bellevue, il se prit, je ne sais comment, d'une passion pour la chinoiserie, et comme il n'était pas seulement un aquarelliste distingué, mais qu'il était encore très adroit de ses délicates mains, il fabriqua pour cette maison de campagne de Bellevue, tout un mobilier d'un chinois tout à fait extraordinaire pour le temps, et l'on conserve encore chez mes petits cousins de Courmont, une lanterne peinte et sculptée, qui, avec sa fine découpure, ses émaux, ses verres coloriés, ses cordelettes de soie, semble une lanterne confectionnée à Pékin.
* * * * *
Dimanche 4 novembre.—Chez Charpentier, ce soir, un monsieur vient à moi, que je ne reconnais pas tout d'abord. C'est Zola, n'ayant plus sa tête du portrait de Manet, un moment retrouvée, mais si changé, avec de tels trous aux pommettes, un si immense front sous ses cheveux rebroussés, que vraiment dans la rue, je serais passé à côté de lui, sans lui donner la main.
Devant notre étonnement, où il y a un peu d'effroi de son changement, il nous conte comment il a été amené à cet amaigrissement. À la représentation d'ESTHER BRANDÈS, au Théâtre-Libre, il se rencontrait dans un corridor avec Raffaëlli, et en dépit de tout l'effacement possible de son corps, ayant peine à lui laisser le passage, s'échappait à dire: «C'est embêtant d'avoir un bedon, comme ça!—Vous savez, lui jetait Raffaëlli, en se dégageant, il y a un moyen très simple de maigrir, c'est de ne pas boire en mangeant.»
À déjeuner, le lendemain, la phrase de Raffaëlli lui revenant, il se mettait à dire: «Tiens, si je ne buvais pas!» À quoi Mme Zola répondait que ça n'avait pas le sens commun, et que du reste, elle était bien sûre qu'il ne pourrait pas le faire. Là-dessus contradiction et picotage entre le mari et la femme,—et Zola ne buvait pas au premier déjeuner, et continuait le régime pendant trois mois.
* * * * *