Elle me conte que Derenbourg, le directeur des Menus-Plaisirs, lui a confié, que la veille de la première, il dînait dans une maison, qu'il n'a pas voulu nommer, où on avait dit: «Il ne faut pas que la pièce finisse demain.»
Et revenant aux applaudissements, aux rappels d'hier, elle m'avoue que, dans la fièvre de bonheur qu'ils avaient Porel et elle, ils ont été souper, ainsi que deux collégiens, et que dans le fiacre, Porel ne cessait de répéter: «2,500 francs de location aujourd'hui… après la presse de ce matin… je ne me suis donc pas trompé… je ne suis donc pas une foutue bête!»
* * * * *
Samedi 22 décembre.—Passé, après dîner, à l'Odéon, où à mon entrée, Émile m'annonce que la salle est pleine d'un monde chic. Réjane qui vient de jouer le tableau des fortifications est rappelée, et applaudie à tout rompre… Je me sauve, de peur que ça se gâte.
* * * * *
Lundi 24 décembre—J'ai peur d'hier, j'ai peur du public du dimanche. Je ne suis pas de ceux qui disent: «Quand j'arriverai au vrai public!…» Ma pièce, ainsi qu'elle est faite, et avec l'apeurement produit par la presse dans la gent bourgeoise, ne peut vivre que par la curiosité sympathique du Paris lettré.
Je trouve Porel avec l'œil agatisé, qu'il a dans les embarras, les contrariétés, les difficultés de son métier. Il me semble être dans ces tracs, qui succèdent chez lui aux coups d'audace.
La recette de la soirée dimanche, a été bonne, mais Porel est démonté par le fait, qui a l'air vrai, de Charcot sifflant dans son avant-scène, et par le refus, fait par le Figaro, le Temps, le Petit Journal, d'accepter les réclames payées, annonçant les recettes de GERMINIE LACERTEUX.
* * * * *
Mardi 25 décembre.—Hier dans le Temps, M. Sarcey, après m'avoir reproché d'avoir taillé en tranches de croquades, l'histoire de Germinie Lacerteux, sans en avoir montré les points lumineux, conclut ainsi: «Monsieur de Goncourt n'entend rien, rien absolument au théâtre[1].»