Mercredi 13 janvier.—Pas le sou dans le présent et dans l'avenir. Voici un trimestre, où il faudra vivre avec 600 francs par mois, ne plus acheter un bibelot. C'est la privation d'un homme habitué à boire des petits verres, qui ne trouve plus dans son gousset les trois sous, pour continuer à aimer la vie.
Le soir, on me présente le docteur Albert Robin. Il me dit que le premier roman qu'il a lu, est SŒUR PHILOMÈNE, et que cette lecture avait peut-être eu une influence sur sa carrière. Il ajoute qu'il avait rencontré une sœur Philomène à l'hôpital, qu'elle avait épousé un de ses amis, qui est mort de phtisie, il y a quelques années. Mais il affirme que c'est un fait très rare.
Nous causons sur la laïcisation. À ce sujet, il me conte l'anecdote suivante. Il surprend une surveillante, en flagrant délit avec un interne dans son cabinet, il demande son renvoi, rencontre une certaine opposition, menace de faire du bruit, obtient à la fin ce changement, mais il apprend que sa surveillante a été placée dans un autre hôpital, avec 100 francs d'appointements d'augmentation.
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Mercredi 20 janvier.—Paul Baudry a été tour à tour Corrégien, Véronésien, mais n'a jamais eu de signature à lui, en dépit d'un tempérament de vrai peintre. Un pastiche du plus grand talent, presque de génie, son plafond de la Païva, qui semble le plafond de la «Venise Triomphante» copié par un Lemoine. Quant à ses peintures de l'Opéra, c'est pour moi l'application discordante du contour michelangesque sur le type de la cocotte de la rue Saint-Georges.
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Jeudi 24 janvier.—Un échantillon de la langue, du parler simple de Gounod.
Mme Strauss était encore une fillette de quinze ans, s'apprêtant à prendre sa première leçon de piano, avec lui, quand il lui dit:
«Faites votre archet, et donnez une note lilas, dans laquelle je puisse me laver les mains.»
C'est encore Gounod, qui, à la représentation de MANON, terminait l'éloge d'un morceau par cette phrase abracadabrante: «… Enfin je le trouve octogone!