Daudet qui s'est remis au travail, ces jours-ci, me parle de son livre, et m'en parle avec l'éloquence qu'il apporte au récit des choses, en train de fermenter en lui.

À la suite d'une scène, où la femme de l'académicien, lui dit froidement qu'il est sans talent, cocu, ridicule, et que toute sa valeur, il la doit à elle seule, il sort en disant: «C'en est trop! c'en est trop!» Alors il va s'asseoir sur un banc du Pont des Arts, et contemple longuement ce bête de monument, tel qu'il apparaît sur les couvertures des éditions Didot, et se remémorant tout ce qu'il a souffert de par cette bâtisse il s'écrie: «Ça, une m…!»—C'est écrit sur son petit cahier, mais il n'ose pas le laisser, et est à la recherche d'un synonyme moins naturaliste.—Le lendemain, on trouve sur le banc, où l'académicien était assis, un chapeau à bords solennels, un chronomètre et une carte de visite.

C'est suivi d'une scène, cherchée dans la réalité, d'une scène du noyé, du machabée à palmes vertes, rapporté dans la cour de l'Institut.

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Mardi 6 juillet.—Spuller, ce gros homme matériel, quand il parle de Gambetta, c'est avec une tendresse touchante, et cette tendresse apporte à ce qu'il dit, une éloquence de cœur, pleine d'intérêt.

Ce soir, il nous entretenait du discours de Gambetta à l'École polytechnique de Bordeaux, de son discours au Mans applaudi par deux larmes coulant sur la figure de l'amiral Jauréguiberry, de ses speach, à la portière des chemins de fer, où soudainement réveillé, il trouvait des paroles superbes pour les vingt ou trente personnes, réunies sur la voie.

Je n'ai pu m'empêcher de lui dire, qu'il devrait écrire ce qu'il parlait, qu'il ferait quelque chose de très beau littérairement, et même de très utile, à la mémoire de son ami. Il m'a répondu qu'il l'avait tenté plusieurs fois, qu'il n'avait pas réussi, enfin qu'il n'avait jamais été satisfait de ce qu'il avait fait.

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Jeudi 15 juillet.—Ces neuf voyous qui, après avoir violé cette malheureuse marchande, lui ont mis le feu au ventre: ça fait peur. Voici les Gugusse venant des marquis de Sade. Ce n'est plus un cas particulier, c'est tout le bas d'une nation atteint de férocité dans l'amour.

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