Samedi 24 juillet.—Les embêtements de la vie prennent, l'été, une intensité particulière. En ce moment, où le Parisien restant à Paris, est rendu à la solitude, et n'est plus enlevé à lui-même par les dîners, les soirées, les visites, le contact, à tout moment, avec de l'humanité remuante et distrayante.

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Samedi 7 août.—On parlait d'un huissier, un enragé bonapartiste, qui se trouve par la fatalité des circonstances, chargé des exécutions contre tout le monde de son parti, et des moyens dilatoires qu'il fournit à ses coreligionnaires.

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Lundi 9 août.—Un médecin suisse—qui s'appelait, je crois de Moutet—célèbre par ses cures, dans les maladies de femmes, affirmait qu'il ne pouvait être sûr de guérir une femme, que si elle le prenait comme amant, en même temps que comme médecin. Et à ce qu'il paraît, le libertinage n'était pour rien dans la possession de ses malades: c'était seulement pour le docteur, un moyen d'arriver à la connaissance complète de l'être qu'il traitait.

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Samedi 14 août.—À Saint-Gratien, ce soir, au billard, le commandant Riffaut parlait de la campagne de 1870, d'une sortie désespérée qu'ils avaient tentée, au nombre de 2 500, de Balan, et de leur refoulement dans la petite ville,—lui faisant le coup de feu comme un simple soldat, et de si près, qu'il entendait les injures des officiers bavarois, frappant leurs soldats de coups de plat de sabre, et cela aux côtés de son chef de bataillon, ramené les reins cassés dans une brouette, au milieu de la plus épouvantable grêle d'obus, dont l'un ouvrait le ventre du général Guyot de Lesparre. Et il nous fait un terrible tableau de cette petite ville, engorgée de troupes, où le bombardement tuait du monde à droite, à gauche, de tous côtés, et où les maisons s'emplissaient de mourants et de pillards.

Enfin brisé de fatigue et mourant de faim, un habitant le suppliait de coucher dans sa maison, pour la préserver contre le pillage, et là, dans une petite chambre d'en haut, en tête à tête avec un gigot et une bouteille de vin cachetée, il faisait à travers les cris des blessés qu'on amputait au-dessous, il faisait le meilleur et le plus égoïste dîner. Et il dit: «Il y a des moments féroces, où il n'y a plus d'humanité dans l'homme; il n'est plus qu'une bête qui a faim et soif!»

Il nous donne ensuite des détails sur sa captivité, sur ces sept jours entiers passés, sans qu'on délivrât de vivres à l'armée captive, qui n'eut pour vivre que quelques pommes de terre oubliées. Et ils se trouvèrent avoir si faim, qu'un jour, lui et un autre officier avaient tué, à coups de couteau un cheval, et lui avaient arraché le foie pour le manger. Il raconte enfin qu'une nuit, ils avaient été attaqués par des soldats, mourant de faim comme eux, et qui les soupçonnaient d'avoir du pain, et le lendemain, Riffaut voyait son sabre tout rouge de sang.

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