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Jeudi 19 février.—Après une nuit fiévreuse, me voici en route, ce matin, sur le chemin de Paris.—Déjeuner chez Magny, en ce restaurant encore tout plein de mon frère et de moi. À une heure, je suis dans les ténèbres de l'Odéon, d'où jaillit une femme qui me saute au cou: c'est Léonide qui embrasse son auteur.

Ennui, agaçant, nerveux, d'une répétition, où les rôles ne sont pas sus, et où la mémoire des acteurs et des actrices, à tout moment, trébuche sur votre prose.

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Vendredi 20 février.—Porel, en cet Odéon, est vraiment admirable pour la traduction des intentions de l'auteur par des intonations, des mouvements, des gestes, des suspensions, des arrêts, des temps, qu'il imagine et indique à tout son monde. C'est vraiment de par lui, au théâtre, une très intelligente et très littéraire mise en scène de l'intime et de l'abscons des passions. Il est même des infiniment petits, auxquels il sait donner un dramatique tout particulier, par mille détails ingénieux, venant d'une observation en perpétuel éveil: ainsi la lecture du journal par M. Maréchal, au troisième acte.

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Samedi 21 février.—C'est vraiment amusant de voir ses imaginations, prendre une consistance en chair et en os, sa prose, se changer en mouvement, en de l'action,—enfin le froid imprimé, dont on est l'auteur, devenir de la vie.

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Lundi 23 février.—Dans le premier journal que j'ouvre, je tombe sur ce fait divers, que les machinistes à l'Odéon ont passé la nuit à équiper le décor du Bal Masqué.

En arrivant au théâtre, mon œil, dans le jaune des affiches, est de suite attiré par le blanc, au milieu duquel se lit: HENRIETTE MARÉCHAL, annoncée pour samedi, et pour dimanche en matinée.