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Samedi 11 décembre.—À mon idée—je lis cela aujourd'hui au-dessus de la boutique d'un marchand de vin de Boulogne. Je trouve que c'est bien une parole d'ivrogne, transformée en enseigne.

Si je redevenais jeune, il y aurait des femmes inconnues avec lesquelles je coucherais, séduit par le mystère de la maison qu'elles habitent. C'est une pensée qui me vient aujourd'hui dans une longue promenade à travers la banlieue.

Si quelqu'un fait un jour ma biographie, qu'il se persuade qu'il serait d'un grand intérêt pour l'histoire littéraire et la réconfortation des victimes de la critique des siècles futurs, de donner sur chacun de nos livres, les extraits les plus violents, les plus forcenés, les plus négateurs de notre talent. C'est bien dommage qu'un tel livre n'ait pas été fait pour tous les hommes de talent de ce siècle, à commencer par les éreintements sur Chateaubriand, à continuer par ceux sur Balzac, Hugo, Flaubert.

La chose que voit avant tout dans la littérature, un universitaire: c'est une fonction, un traitement, et c'est pour cela qu'en général un universitaire n'a pas de talent. La littérature doit être considérée comme une carrière qui ne vous nourrit, ni ne vous loge, ni ne vous chauffe, et où la rémunération est invraisemblable, et c'est seulement quand on considère la littérature ainsi, et qu'on y entre, poussé par le diable au corps du sacrifice, du martyre, de l'amour du beau, qu'on peut avoir du talent.

Et aujourd'hui, que ce n'est plus un métier de meurt-de-faim, que les parents ne vous donnent plus votre malédiction comme homme de lettres, il n'y a plus, pour ainsi dire, de vraie vocation, et il se pourrait qu'avant peu de temps, il n'y ait plus de talent.

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Dimanche 12 décembre.—On parlait de titres de livres, et de la fascination des titres de livres bêtement sentimentaux sur les femmes d'en bas. À ce propos, quelqu'un raconte, avoir ramené chez lui, une fille du quartier Latin, saoule, qui, à la vue sur sa commode d'un livre, ayant pour titre: THÉRÈSE, s'écriait, la gueule tournée par la pocharderie: «Si ça s'appelait PAUVRE THÉRÈSE, je lirais ça, toute la nuit!»

Gibert, avec une langue technique, qui donne les plus grandes jouissances aux amateurs de l'expression, une langue juste, précise, peinte, parle de cette voix artificielle, de cette voix de tête ou de nez, que certains chanteurs se font: voix métallique à résistance indéfinie, tandis que les voix naturelles des gens qui chantent avec l'émotion de leur poitrine, est plus vite cassée.

Un moment, on cause de l'échauffourée de valetaille, qui a eu lieu, l'année dernière, à un bal chez la princesse de Sagan, cette émeute de larbins au bas du grand escalier, crachant des injures à leurs maîtres et à leurs maîtresses, sur ce téléphone, déshonorant les gens demandant leurs voitures, au milieu des m… et de salauderies ignobles. Une insurrection salissante de la haute domesticité, qu'il avait fallu réduire par un bataillon de sergents de ville.