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Mercredi 9 mai.—Après ces crises, on a la tête vide, comme déshabitée, avec seulement dedans, une chaleur fumeuse.
J'ai la visite d'un littérateur viennois, M. Rodolphe Lothar, qui me propose, avant que je trouve à faire représenter la FAUSTIN à Paris, de la faire jouer à Vienne, par une actrice ayant un grand talent.
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Dimanche 13 mai.—Daudet, à son entrée dans le Grenier, contait que dînant dernièrement avec un jeune, un garçon, auteur de deux ou trois articulets, ce jeune, sur le nom de Flaubert, prononcé par quelqu'un à ce dîner, disait simplement: «À peine, je l'honore de mon mépris!»
Vraiment cet Henri de Régnier a la conversation, toute pleine de jolies images, de fines remarques, de délicates ironies. Il nous peignait aujourd'hui Fénéon, cet original né en Italie, et ayant l'aspect d'un Américain, un être intelligent, travaillant à se faire une tête, cherchant l'étonnement des gens par une parole axiomatique, une comédie de concentration intérieure, une série de petites actions et manifestations mystificatrices,—mais un homme de cœur, bon, sensible, appartenant tout entier aux excentriques, aux disgraciés, aux miséreux.
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Dimanche 20 mai.—Ajalbert m'apporte une lettre d'Antoine, venue de Constantinople, m'annonçant que la censure du Grand Turc, avait interdit la FILLE ÉLISA.
Je ne puis m'empêcher de dire à Ajalbert, qu'à sa place, je regretterais joliment de n'avoir pas fait partie de cette tournée, en compagnie des vingt-cinq cabotins et cabotines, qu'Antoine traînait à sa suite, et de l'étrange impresario belge. Voit-on ce monde à travers les rues de Stamboul. Ah le beau et original ROMAN COMIQUE à refaire, au milieu des paysages orientaux!
L'actrice du Théâtre-Français, est la maîtresse commandée, imposée à tout homme arrivé en politique. Est-il à ses débuts, il a une maîtresse du Théâtre-Libre ou de n'importe quel petit théâtre, mais nommé député, il lui faut une sociétaire ou au moins une pensionnaire de la rue de Richelieu.