Et voici, à la mine de plomb, mélangée de sanguine, l'étude de ce roux cruel, appuyé au-dessus d'un canapé, où dans la lithographie terminée, est couchée une femme, lithographie baptisée: L'OISEAU DE PASSAGE: type d'après lequel Dumény s'est grimé pour le rôle de Jupillon, dans GERMINIE LACERTEUX.

Ce sont encore, l'un à côté de l'autre, deux dessins: l'un, une Débardeuse, gravée dans LA MODE, d'un précis et d'un fini d'exécution, où se sent encore le dessinateur mécanicien; l'autre, un lavis de la dernière année de la vie de l'artiste, montrant un de ces androgynes femelles, au retrait de travers de la tête dans les épaules d'une vieille tortue, lavis barboté, poché, à la façon des plus grands maîtres.

La Débardeuse encadrée a été tirée de l'album des dessins de Gavarni du journal LA MODE (soixante-quinze dessins) offert par Girardin à la princesse Mathilde, et à moi donné par la princesse, un jour, qu'elle me faisait l'honneur de déjeuner chez moi, et donné si gentiment, ainsi que je l'ai déjà raconté dans mon JOURNAL. Une fois la princesse m'avait dit, connaissant toute mon admiration pour Gavarni: «Vous savez, Goncourt, les dessins de LA MODE, je vous les laisse dans mon testament.» Eh bien! le matin du déjeuner, elle arrivait, l'album dans les bras, et me le mettait dans les mains, avec cette phrase: «Décidément, je me porte trop bien, je vous ferais trop attendre!»

Maintenant dans cette pièce, comme dans l'autre, les deux fenêtres, en leurs rentrants, forment de petits cabinets d'exposition, en pleine lumière.

L'un est tout rempli d'aquarelles de mon frère, exécutées en 1849, 1850, 1851, pendant nos années vagabondantes.

Voici, une vue de la curieuse maison, en bois sculpté, de Mâcon, voici, une vue à la porte Bab-Azoum d'Alger, avec son ciel de lapis; voici, une vue du matin au bord de la mer, à Sainte-Adresse; voici, une vue de Bruges, qui ressemble bien à un Bonington; voici enfin une vue de la sale et pourrie rue de la Vieille-Lanterne, que mon frère a été prendre, le lendemain du jour, où Gérard de Nerval s'était pendu, au troisième barreau de cette grille d'une sorte d'égout.

L'autre fenêtre a un panneau couvert de trois impressions japonaises.

La première d'Outamaro, donne à voir Yama Ouwa, cette sorte de Geneviève de Brabant hirsute, allaitant dans la forêt son jeune nourrisson, au teint d'acajou, qui sera un jour le terrible guerrier Sakata-No-Kintoki.

La seconde d'Harunobou, planche un peu fantastique, montre dans une nuit, où volent de gros flocons de neige, un jeune amoureux qui joue de la flûte, dans le voisinage de sa belle.

La troisième d'Hokousaï: un très fin sourimono, représente, par un jour du Jour de l'An de là-bas, une longuette petite femme, portant sous le bras une cassette contenant un cadeau, en une marche méditative, dans une robe aux délicates colorations, comme diluées dans un bain d'eau: un sourimono encadré dans une étoffe, où brillent sur un fond d'or, des fleurettes blanches, sortant d'un feuillage de turquoise. En tête, est imprimée cette ligne d'une poésie: Le vent du printemps, qui a passé sur les fleurs des pruniers, parfume ses cheveux, semblables à des brindilles de saule.