Dimanche 6 janvier.—Carrière, qui était à la parade de la dégradation militaire de Dreyfus, perdu dans la foule, parlant de la PATRIE EN DANGER, me disait que moi, qui avais si bien rendu le mouvement fiévreux de la rue, pendant la Révolution, il aurait voulu que je fusse là, et que bien certainement, j'aurais tiré quelque chose du frisson de cette populace.

Il ne voyait rien de ce qui se passait, et avait seulement l'écho de l'émotion populaire par des gamins, montés sur des arbres.

Et voici Hennique et Geffroy, les deux décorés du Grenier, auxquels tout le monde fait fête.

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Lundi 7 janvier.—Dîner chez Rodenbach avec les Besnard, les Frantz Jourdain, Mallarmé, Rosny.

Ce Mallarmé a vraiment une parole séductrice, avec de l'esprit qui n'est jamais méchant, mais soutenu d'une pointe de malice.

On a parlé de l'article de Strindberg sur l'infériorité de la femme, d'après l'étude de ses sens, ce qui est incontestable sous le rapport du goût et de l'odorat, et à propos de cette infériorité, je rappelais une observation d'un livre de médecine, où il est affirmé que le squelette d'homme a une personnalité, que n'ont pas les squelettes de femmes, qu'on dirait fabriqués à la grosse.

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Mercredi 9 janvier.—Ce soir, rue de Berri, on cause du décolletage des femmes, et comme je disais que la gorge de la femme honnête devrait être la chose la plus secrète pour les autres, autres que le mari, d'Ocagne nous raconte la présentation d'un Chinois qu'il a faite chez About, ce Chinois s'étant obstinément arrêté à la porte du salon, il avait été obligé d'aller le rechercher et de le forcer à entrer. Et, comme en sortant, il lui demandait la raison de son hésitation à pénétrer dans le salon, il lui répondait que devant ces femmes qui avaient leurs gorges à l'air, il avait cru à une mystification et qu'au lieu de l'avoir conduit dans un intérieur familial de lettré, d'Ocagne l'avait mené dans un bateau de fleurs.

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