—Au dîner de Fasquelle de vendredi dernier, les Charpentier vous ont-ils dit quelque chose?

—Non.

—Bien sûr, ils ne vous ont rien dit?

—Non, parole d'honneur!

Alors Daudet vient s'asseoir à côté de moi, et me parlant presque à l'oreille:

—Je ne devrais pas vous dire ça, mais puisque Zola n'a pas gardé le secret auprès de Mme Charpentier, malgré l'engagement que nous avons pris de n'en parler à personne, je puis bien vous le dire. Eh bien, le Président de la République, par suite d'un échange contre deux croix de chevalier, a obtenu pour vous une croix d'officier, et Poincaré a demandé à présider le banquet, pour vous la remettre. Je dois vous avouer, que Zola s'est très bien conduit, a mis beaucoup de chaleur à l'obtention de la chose, s'est proposé pour aller chez le ministre tout seul, mais je ne l'ai pas voulu, nous y avons été ensemble.

Là-dessus un récit drolatique de la visite de Zola et de Daudet, au ministère, Zola voulant porter le chapeau de Daudet pour qu'il pût s'appuyer sur sa canne et sur son bras, et prononçant son speach, les deux chapeaux à la main.

* * * * *

Lundi 11 février.—Frantz Jourdain me communique la lettre d'acceptation de Rops, pour le comité du banquet, lettre chaudement sympathique, où je lis:

«Il y a quelques jours, où je relevais mes anciens calepins de notes, de ces notes qu'on s'adresse à soi-même, j'y retrouve ceci: Dans le travail, lorsque par lâcheté, l'envie de faire du chic vous prend, et que l'on se sent glisser à la facilité et à la légèreté banale de l'exécution, penser aux Goncourt, à la sincérité, à l'honnêteté, à la droiture de leur œuvre. Et voilà pourquoi Edmond de Goncourt a été mon maître, si indigne élève que je fusse.»