Et il cause longuement de cette société, toute appuyée sur le passé, me citant, à propos du Tonkin, la demande par la France, de la cession d'un territoire, où toutes les paroles dites aux Chinois, pour prouver la convenance de cette cession, avaient été vaines, quand on rappela, que ce territoire avait été cédé autrefois par un ancien empereur. Alors aussitôt la cession fut obtenue. Selon l'expression du causeur, un déclenchement subit eut lieu dans l'esprit des plénipotentiaires chinois: il existait un précédent.
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Lundi 10 juin.—Au senatorium de Lezyns, une Allemande disait à un de mes jeunes amis: «Vous, messieurs les Français, vous aimez avec votre cerveau, mais très peu avec le cœur.»
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Mercredi 12 juin.—Ce soir, causerie sur l'Angleterre qui me surprend, m'étonne, par ce que mon interlocutrice me dit de neuf et d'inconnu, sur la femme anglaise. La comtesse Puliga me peint, en sa complète transformation, cet être domestique, ne voulant plus du mariage, ayant assez de l'ancienne servitude conjugale, se refusant à être plus longtemps la bonne d'un ivrogne, et fondant des clubs féminins, avec des tableaux qui représentent une femme dans les flammes et une femme dans le ciel: la première, la femme des siècles passés; la seconde, la femme des siècles futurs, et avec cette épigraphe décochée aux hommes: «Ils disent, qu'ils disent!»
Elle me parle d'un roman intitulé: SARAH GRAND, qui a abordé la question sexuelle dans le mariage, et qui est beaucoup plus érotico-médical, que ne le sont mes romans, et elle m'affirme que sur les théâtres de Londres, le baiser, la caresse, le pelotage, vont plus loin, qu'on ne l'oserait sur un théâtre, en France.
Enfin elle termine, en disant que toute l'hypocrisie, apportée là-bas par la Réforme, l'Angleterre est en train de la rejeter, de la vomir.
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Jeudi 13 juin.—Ce soir, Mme Adam, confessant sa foi de charbonnier au surnaturel, conte les choses invraisemblables dont elle a été témoin, disant qu'à dix-huit ans, ayant été consulter une sorcière pour le chien perdu d'une amie, au moment de s'en aller, la sorcière l'avait presque retenue de force, et lui avait prédit sa vie, mais tout, tout, depuis le livre qu'elle allait écrire sur Proudhon, jusqu'à… Là, elle s'interrompt. En sorte, que la malheureuse Mme Adam est emprisonnée dans sa bonne aventure: ce qui fait dire à l'un de nous, qu'il y aurait à faire une belle chose littéraire d'un homme ou d'une femme, dont toutes les actions seraient sues d'avance, sans que cet homme ou cette femme puissent se dérober à leur fatalité.
Mme Adam raconte encore, que son père n'avait pas voulu qu'on la baptisât, et que sa mère l'avait fait baptiser, dans une promenade, par un curé de sa connaissance, et, comme elle criait beaucoup, le curé avait dû la calmer, en lui disant: «Si tu continues, je vais t'ouvrir la tête et j'y mettrai le sel et l'huile, que voilà!»