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Lundi 17 juin.—Sarcey me traite de «névrosé qu'il faut plaindre!» Si vraiment c'est lui, en littérature, qui représente la santé, je me félicite de représenter la maladie.
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Mercredi 19 juin.—Rue de Berri, le prince Louis Napoléon parle des usages et des superstitions russes, nous apprenant que là, donner la main gantée, donner la main, dans un entre-deux de porte, c'est regardé comme une impolitesse.
Puis revenant au Caucase, où il a son commandement, il nous effraie de la force musculaire des gens du pays, citant, un Tartare ayant pris à la gorge un Arménien, et de ses trois doigts enfoncés dans la chair, lui ayant arraché la gorge, au bout de laquelle était venue la langue.
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Jeudi 20 juin.—Au cimetière… Dire qu'il y a vingt-cinq ans, un quart de siècle déjà, que nous sommes séparés.
Au retour, je trouve le bateau plein, et pas un bout de banc pour m'asseoir, quand un monsieur me fait une place à côté de lui. Sur mon merci, il me répond, avec un aimable sourire: «C'est moi, qui vous remercie de m'avoir ouvert les yeux, d'en avoir fait tomber les écailles… j'étais tout à l'art ancien… c'est vous qui m'avez fait aimer le XVIIIe siècle.»
Il se refuse à me donner son nom, et cause jusqu'à Passy, d'une façon originale, en homme du métier, du bâtiment, déclarant qu'il n'y a que les époques ignorantes et pas éclectiques, pour produire de bonnes choses, des choses passionnées, tandis que dans les époques connaisseuses de tout, il y a une indifférence pour tout.
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