Et cet effort du style, jamais il ne s'y livra avec plus d'acharnement, que dans le dernier roman qu'il devait écrire, dans MADAME GERVAISAIS, où peut-être la maladie, qui était en train de le tuer, lui donnait, dans certains fragments, je le croirais, comme l'ivresse religieuse d'un ravissement.

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Lundi 30 décembre.—Exposition Bing. Je ne fais pas le procès à l'idée de l'exposition, je le fais seulement à l'exposition du jour, d'aujourd'hui.

Quoi, ce pays qui a eu le coquet et rondissant mobilier de paresse du XVIIIe siècle, est sous la menace de ce dur et anguleux mobilier, qui semble fait pour les membres frustes d'une humanité des cavernes et des lacustres. La France serait condamnée à des formes, comme couronnées dans un concours du laid, à des coupes de baies, de fenêtres, de dressoirs, empruntées aux hublots d'un navire, à des dossiers de canapés, de fauteuils, de chaises, cherchant les rigides platitudes de feuilles de tôle, et recouverts d'étoffes, où des oiseaux, couleur caca d'oie, volent sur le bleu pisseux d'un savonnage, à des toilettes et autres meubles, ayant une parenté avec les lavabos d'un dentiste, des environs de la Morgue. Et le Parisien mangerait dans cette salle à manger, au milieu de ces panneaux en faux acajou, agrémentés de ces arabesques en poudre d'or, près de cette cheminée, jouant le chauffoir pour les serviettes d'un établissement de bains; et le Parisien coucherait dans cette chambre à coucher, entre ces deux chaises épouvantant le goût, dans ce lit, qui est un matelas posé sur une pierre tombale!

Vraiment, est-ce que nous serions dénationalisés, conquis moralement par une conquête pire, que la guerre, en ce temps où il n'y a plus de place en France, que pour la littérature moscovite, scandinave, italienne, et peut-être bientôt portugaise, en ce temps où il semble aussi n'y avoir plus de place en France que pour le mobilier anglo-saxon ou hollandais.

Non, ça, le mobilier futur de la France, non! non!

En sortant de cette exposition, comme je ne pouvais m'empêcher de répéter tout haut dans la rue: «Le délire… le délire de la laideur!» un jeune homme s'approchant de moi, me dit: «Vous me parlez, monsieur?»

FIN DU NEUVIÈME ET DERNIER VOLUME.

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TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS DANS LE TOME NEUVIÈME