Il est amusant, spirituel en diable, ce Carrière. Il parle du raté, disant toujours nous; des poètes d'à présent, qu'il trouve plus près du piano que de la pensée; de la jeunesse littéraire, portant dans la vie, la figure d'un petit débitant, dont le commerce ne va pas.

Puis, il me demande, si je connais la cour de l'Hôtel Sully, rue Saint-Antoine, et m'apprend qu'il y a de grands bas-reliefs admirables, et que c'est là, ce que personne n'a dit, que Ingres a pris complètement sa Source, oui, et la pose et le mouvement de la figure, et même la forme de la cruche.

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Dimanche 12 juin.—Jean Lorrain nous disait, qu'aujourd'hui, le vin ordinaire des grandes cocottes, brûlées par les soupers aux écrevisses à la bordelaise et au champagne, était à la maison, une boisson faite de centaurée, de réglisse, et encore je ne sais quoi de rafraîchissant et de dépuratif.

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Mercredi 15 juin.—De mauvais jours, vendredi dernier et aujourd'hui, des jours de colique hépatique.

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Lundi 20 juin.—Aujourd'hui, dernière séance pour la seconde étude de mon portrait.

Carrière me dit qu'il veut graver ce portrait à l'eau-forte, dans le genre des préparations, qu'a gravées mon frère, d'après La Tour.

Puis, au bout de quelque temps, il ajoute: «Ceci est confidentiel… J'ai depuis longtemps l'idée de faire un Panthéon de ce temps-ci… un Panthéon que je ferai avec mes contemporains, hommes et femmes. N'est-ce pas, ce serait gentil de donner ainsi une portraiture de l'humanité de ce temps?… Puis, ces eaux-fortes, ce serait pour moi une reposante distraction de la peinture.