Mardi 5 janvier.—Une surprenante lettre de Magnard, du directeur de ce Figaro, qui m'a été toujours si hostile. Dans cette très gracieuse lettre, Magnard m'offre la succession de Wolf, le gouvernement de l'art, avec toute l'indépendance, toute la liberté que je puis désirer. Je refuse, mais je ne puis m'empêcher de songer à tous les gens, que l'acceptation aurait mis à mes pieds, au respect, que j'aurais conquis dans la maison de la princesse, enfin à la facilité, avec laquelle j'aurais trouvé des éditeurs, pour illustrer LA MAISON D'UN ARTISTE, MADAME GERVAISAIS, etc., etc.

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Jeudi 7 janvier.—Grand dîner chez les Daudet, avec Schœlcher, Lockroy, le ménage Simon, Coppée. Décidément ce Jules Simon a un charme, une grâce, faite d'une certaine délicatesse de la pensée, jointe à la douceur de la parole.

Quant à Coppée, il s'est montré tout à fait extraordinaire, comme verve voyoute: ç'a été un feu d'artifice pendant toute la soirée de drôleries, à la fois canailles, à la fois distinguées. Oui, Coppée c'est par excellence le causeur parisien du siècle de la blague, avec tout l'admirable sous-entendu de la conversation de nous autres: les phrases commencées, finies par un rictus ironique, les allusions farces à des choses ou à des faits, connus du monde select et pourri de l'intelligence.

Chez Maupassant, ne dit-on pas, qu'il n'y avait qu'un seul livre sur la table du salon: le Gotha? C'était un symptôme du commencement de la folie des grandeurs!

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Samedi 9 janvier.—Maupassant est un très remarquable novelliere, un très charmant conteur de nouvelles, mais un styliste, un grand écrivain, non, non!

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Dimanche 10 janvier.—Très gentiment et très amicalement, Daudet a travaillé à surexciter la curiosité de Koning sur ma pièce, À BAS LE PROGRÈS! et Koning lui a dit jeudi: «Mais pourquoi ne me donnez-vous pas à lire la pièce de Goncourt?» et il lui a parlé de la donner avec la sienne, au moment où le succès se ralentirait. Je suis indécis. J'étais au moment, sans attendre la décision de la Chambre sur la censure, de la donner à Antoine.

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