Enfin me revoilà dans un placard sur le théâtre. J'avais peur de la scène politique, mais tout passe, la scène politique et les autres, et il me semble qu'on rit et qu'on applaudit. Après tout, je n'ai pas dans ma caisse en bois, une notion bien exacte de ce qui se passe dans la salle.

À la fin mon nom est prononcé, au milieu de faibles applaudissements, et j'ai le sentiment que la chose n'a pas porté, comme je l'aurais cru. Mais dans le moment, comme toute la salle, j'ai la préoccupation du retour, plus que de tout le reste.

* * * * *

Mardi 17 janvier.—Enfin, Dieu merci, c'est fini, des répétitions, des représentations… Quel retour hier! Pas de voiture du Théâtre-Libre à la gare Saint-Lazare, et la marche—mon parapluie oublié chez Riche—dans des tourbillons de neige. Puis, dans la gare Saint-Lazare, sur de la glace, glissade des deux pieds, et me voici sur le dos, ayant touché des deux épaules. Enfin, je me relève avec rien de cassé, de luxé, et je crois, diable m'emporte, guéri d'un commencement de lumbago.

* * * * *

Jeudi 19 janvier.—Une presse, comme jamais je n'en ai eu. D'après le Figaro: «C'est une réunion de paradoxes vieillots, si ennuyeux que tout le monde a pris son chapeau»; d'après la Liberté: «une bouffonnerie à l'esprit de 100 kilos«; d'après la Libre Parole: «un radotage pénible de vieillard»; d'après le National, par la voix du sévère Stoullig: «C'est la prétention dans l'ineptie, la nullité dans l'incohérence, l'absence absolue de toute fantaisie.»

* * * * *

Vendredi 20 janvier.—En lisant le ROMAN BOURGEOIS de Furetière, je suis étonné de l'originalité de sa définition du roman: «Le roman n'est rien qu'une poésie en prose

* * * * *

Dimanche 22 janvier.—Aujourd'hui, les Rosny m'entretiennent longuement de l'hostilité haineuse du public à mon égard. Je ne puis m'empêcher de leur dire, dans un petit accès de nervosité: «Vous allez trouver que c'est prétentieux, eh bien, j'attribue cette disposition du public, à ce que, dans le moment, en France, on commence à avoir horreur et peur de l'honnêteté, qui devient gênante pour la masse du public, du public qui n'a pas à apporter dans ma vie, ou dans mon métier, l'indulgence pour une action basse, pour une faiblesse, pour une trahison de principe… car je crois être le type de l'honnête homme littéraire, du persévérant dans ses convictions, et du contempteur de l'argent… et j'oserai affirmer que je suis le seul, l'unique lettré de l'heure présente, qui, avec l'autorité de mon nom, ayant pu faire encore pendant dix ans, des romans bons ou mauvais, mais très bien payés, ne les a pas faits, dans la crainte qu'ils fussent inférieurs à ceux écrits, dans les années antérieures.