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Mardi 24 janvier.—Hier, on me contait une singulière histoire de tatouage. Une femme de Bogora, en Algérie, éprise follement d'un vétérinaire français, ne trouvait rien de mieux pour lui attester sa tendresse passionnée, que de se faire tatouer sur la poitrine, les différents fers à cheval, pris dans un livre technique de la bibliothèque du vétérinaire, pendant une de ses absences. Et l'amant fut fort refroidi, de retrouver, sur la peau de sa maîtresse, les images de son livre de maréchalerie.
* * * * * Mercredi 25 janvier.—Ce soir, le peintre Doucet me parlait des actrices anglaises, de leur aspect chaste, éphébique, et presque de cette apparence, qu'elles ont d'intactes et de glorieuses pucelles, apparence qui leur permet de dire, dans des rôles, comme ceux de Porcia, de dire des choses énormes, sans qu'on soit choqué: ce qui n'est pas donné à l'actrice française, qui, lorsqu'elle dit une obscénité, une cochonnerie, a l'air d'y goûter.
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Jeudi 26 janvier.—Au fond, je pense avec une certaine ironie, du haut de quel mépris, la critique dramatique d'ordinaire, si facile à la louange de n'importe quoi de pas original, a traité la pièce de l'homme assis sur quarante volumes, un peu en avant de tout ce qui avait été fait ou écrit avant lui.
* * * * * Lundi 30 janvier.—Le docteur Blanche, qui fait, ce soir, une visite rue de Berri, vient causer avec moi de Maupassant, et nous laisse entendre qu'il est en train de s'animaliser.
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Mardi 31 janvier.—Aujourd'hui, où je voudrais répondre à l'article de l'ami Bauër, qui vise un peu ma préface de: À BAS LE PROGRÈS, dans laquelle je repousse l'inspiration Scandinave et slave pour notre théâtre, je suis trop souffrant pour écrire l'article.
Aux inspirations, que le théâtre français, dit Bauër, a tirées de la tragédie grecque, de la comédie latine, des pièces espagnoles, et du bénéfice qu'il y aurait pour notre théâtre d'emprunter des inspirations au Nord, j'aurais voulu répondre que les inspirations grecques, latines, espagnoles étaient des inspirations de cervelles de la même famille, aux circonvolutions identiques, de cervelles latines et non hyperboréennes.
J'aurais voulu rappeler à Bauër, dans une conversation sur la mort, entre Zola, Daudet, Tourguéneff, la mention d'un certain brouillard habitant les cervelles du Nord, le brouillard slave, selon l'expression de Tourguéneff, et dont il disait: «Ce brouillard a quelque chose de bon pour nous: il a le mérite de nous dérober à la logique de nos idées, à la poursuite de la déduction.—Brouillard tout à fait contraire à la fabrication de notre théâtre, fait de clarté, de logique, d'esprit.