Vendredi 26 mai.—Tristes les départs de son domicile à mon âge. Il faut songer à l'éventualité d'une mort subite, et laisser des instructions.

Ce matin, Geoffroy et Carrière entrent dans mon cabinet, un énorme bouquet de fleurs des champs à la main, venant fêter mes 71 ans. L'attention de ces deux cœurs amis m'a touché. Cet après-midi, Mme Sichel vient me voir et m'offrir de la façon la plus gentille, la plus affectueuse, les soins de son fils à Vichy, pendant huit jours, quinze jours.

* * * * *

Dimanche 28 mai.—Vichy. Le docteur Frémont m'examine ce matin, et pendant qu'il me tripote le foie, il me dit qu'il n'est pas très volumineux, mais que sans que j'y sois pour rien, il sent dans mon côté la rétraction, la mise en garde d'un organe malade, qui se défend contre l'attouchement de l'auscultation.

Une triste impression que de se retrouver ici, où mon frère était déjà si malade, d'avoir en face de soi cette maison de Callou, autrefois si bruyante, si joyeusement sonore, maintenant silencieuse, de marcher solitaire, sous ces arceaux de pâles platanes, qui font ressembler le vieux parc, plein de jaunes figures, à de mélancoliques Limbes.

* * * * *

Mercredi 31 mai.—Vichy, avec son improvisation de bâtisses, de baraquements, de boutiques pour la grande saison, a quelque chose de la construction féerique d'une ville d'Amérique.

J'ai voulu travailler au scénario de LA FAUSTIN, et j'ai été pris de tristesse, en me sentant, pour le moment, incapable d'en faire une pièce. Ce sentiment d'impuissance, c'est la première fois que je l'éprouve.

Ce soir, au Guignol lyonnais. C'est curieux comme la marionnette, cet insenséisme de la mimique humaine, me produit une singulière impression. Au bout de quelque temps, j'éprouve pour ce spectacle des acteurs en bois, la répulsion que me donne la vision de fous.

* * * * *