Vendredi 14 juillet.—Aujourd'hui, à propos d'un article sur l'anniversaire de Marat, je pensais que pendant les guillotinades de la Révolution, le cœur n'avait jamais armé le bras d'un fils, d'un amant, d'une épouse; que le cerveau seul, en son indignation désintéressée, avait mis un couteau homicide dans la main de Charlotte Corday. Mais dans cette note, je crains de me répéter.
Quels intéressants noms d'hommes et d'endroits, donne le relevé d'une carte quelconque, d'une carte de Seine-et-Oise. Ainsi Macherin ferait-il un original nom d'ouvrier républicain, et les charmantes localités pour un roman: le Grand-Vert et: le Petit Vert!
* * * * *
Samedi 15 juillet.—Ce soir, Léon lit la mort de Socrate dans le Phédon: ça fait très fort penser à Jésus-Christ, au Jardin des Oliviers…
* * * * *
Dimanche 16 juillet.—La satisfaction intérieure, la plénitude heureuse de la reprise du travail, de la dramatisation du commencement de LA FAUSTIN. C'est après la paresse de la maladie, après une trêve de plusieurs mois, comme une résurrection de l'être pensant, si longtemps en catalepsie.
* * * * *
Lundi 17 juillet.—Nadar, que je trouve, ce matin, dans le cabinet de Daudet, parle de souvenirs, qu'il veut publier sous le titre de: CAHIERS DE NADAR. Mais il n'a pris aucune note, et ses souvenirs, seront plutôt des commentaires autour des lettres autographes qu'il possède: lettres très nombreuses, très curieuses, de Veuillot, de Proudhon, de Baudelaire, etc.
Sur Baudelaire, il cite ce mot d'Asselineau, disant qu'à l'hôtel Pimodan, il se couchait sous son lit, pour l'étonner. Et au sujet de Veuillot, il s'étend sur son intimité avec l'écrivain catholique, malgré les divergences d'opinions, et sur le dîner qu'ils faisaient, toutes les semaines, ensemble, déclarant que Veuillot lui pardonnait plutôt de n'avoir pas fait baptiser son fils, que de s'être marié à une huguenote.
Un moment, il me dit gentiment, qu'il y a une chose qu'il regrette dans sa vie, c'est sa caricature sur Villedeuil, s'en excusant près de moi, en disant que c'était un temps, où l'on était «rageur comme des chats-tigres.»