—Pourquoi ne veux-tu pas payer?

—Parce que je ne le puis pas… Quand j'ai emprunté, j'avais une maison, un jardin, un henchir, du bétail, aujourd'hui, cet homme a ma maison, mon jardin, mon henchir, mon bétail, et je lui dois encore plus que je lui ai emprunté.

—Tu vois bien, dit le juge, se tournant vers le juif, que ce malheureux n'a plus rien… Que veux-tu donc de lui?

—Je veux, répliqua le juif, qu'il vienne travailler chez moi, sans salaire, jusqu'à ce qu'il se soit acquitté.

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Lundi 11 septembre.—Il faut que ce soit vrai, qu'en vieillissant, on devient plus tendre à la souffrance de tout ce qui vit. Aujourd'hui, je suis entré dans la tendue, et arrivé à un rejet où une mésange, les pattes brisées, se débattait, en jetant de petits cris de douleur, j'ai rebroussé chemin, et suis sorti du bois.

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Mardi 12 septembre.—La fièvre de mes crises de foie est inspiratrice, elle me fait trouver, cette nuit, pour le dernier tableau de LA FAUSTIN, le mâchonnement de la Renoncule scélérate, qui peut amener à la rigueur l'agonie sardonique.

Dans une visite que me fait au lit, Rattier, qui a été sous-préfet de Doullens sous Napoléon III, il me parle de la prison de Doullens, de ses détenus, du pavillon où étaient enfermés les plus célèbres: Blanqui, Barbès, Raspail, Hubert, Albert, parmi lesquels, des haines violentes faisaient qu'un jour, Raspail, à la sortie de Blanqui, lui versait son pot de chambre sur la tête.

Il me conta qu'un soir, vers 1852, où il était en train de dîner, on lui disait qu'il y avait trois hommes dans l'antichambre. Ces trois hommes étaient deux agents de police, et Proudhon, qui s'écriait dans le trajet à la citadelle «qu'il ne pouvait comprendre cette décision, qu'il était un homme qui pensait, écrivait, passait pour être une intelligence, et qu'on l'enfermait avec des Raspail, des Blanqui, des Albert, les brutes du pavillon!»