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Samedi 23 septembre.—Depuis dimanche, que je suis dans mon lit, j'ai devant moi l'estampe de Nanteuil, représentant L'INFANTE D'ESPAGNE MÈRE DU ROI. Oh! l'ennui de ces belles tailles! Ah! la peu amusante gravure aux yeux, que cette gravure des Nanteuil, des Mellan, si bien en rapport avec la perfection géométrique de tout le siècle. Et quelle traduction chez eux de la beauté des femmes du temps, qui est toute monastique, et dont les portraits des jeunes et des vieilles, ont l'air de portraits d'abbesses!

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Dimanche 24 septembre.—Le capitaine de l'Isle, le descendant du chevalier, du favori de Marie-Antoinette, m'apprend que la famille Diez, la famille dans laquelle mon grand-père avait pris sa femme, avait été anoblie au XVIIe siècle, pour avoir fondé une messagerie, Laffitte et Caillard, qui allait de la Haute-Marne à Pont-à-Mousson. Puis les Diez auraient été de célèbres fondeurs de cloches.

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Dimanche 1er octobre.—Paul Alexis, de retour du Midi, me raconte qu'il a été faire une visite à Mme de Maupassant, qui, dans une conversation d'une heure à six heures, entre autres choses, au sujet de l'enterrement de son fils, lui disait: «J'aurais bien voulu pouvoir aller à Paris… mais j'ai clairement écrit, pour qu'il ne fût pas mis dans un cercueil de plomb… Guy voulait après sa mort, sa réunion au Grand Tout, à la Mère la Terre, et un cercueil de plomb retarde cette réunion… Il a été toujours très préoccupé de cette pensée, et l'a émise à Rouen, quand il a présidé à l'enterrement du pauvre Flaubert… Non, sa maladie ne tenait d'aucun de nous… son père, c'est un rhumatisme articulaire… moi, c'est une maladie de cœur… son frère qu'on a dit mort fou, c'est une insolation, à cause de l'habitude, qu'il avait de surveiller ses plantations, avec de petits chapeaux trop légers.»

Alors, Mme de Maupassant entretenait Paul Alexis, des derniers mois de la vie de son fils. Un an, avant sa mort, il lui écrivait une lettre, à peu près conçue en ces termes: «Les médecins disent que j'ai une anémie cérébrale, je n'ai pas d'anémie cérébrale, je suis seulement fatigué, et la preuve c'est que je viens de commencer L'ANGÉLUS, et jamais je n'ai travaillé avec une facilité pareille, et je marche de plain-pied dans mon livre, comme dans mon jardin. Je ne sais pas, si mon livre sera un chef-d'œuvre, mais ce sera mon chef-d'œuvre.»

Malheureusement MUSOTTE venait se jeter en travers de son livre, et le retardait.

À Noël, où il avait l'habitude de faire le réveillon, en bon fils, avec sa mère, il lui écrivait qu'il ne pouvait y aller, parce qu'il réveillonnait «avec nos amies», disait-il dans sa lettre, et que du reste ces dames iraient lui faire une visite, dans quelques jours.

Mais que se passa-t-il dans ce réveillon? Le lendemain, Maupassant envoyait à sa mère une dépêche, sans queue ni tête, lui annonçant que ces dames étaient fâchées avec lui et même avec elle, et en effet Mme de Maupassant ne les a jamais revues.