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—Nous emportons de chez Pierre Gavarni, des cartons de papiers, des morceaux de la vie de Gavarni, et nous nous y plongeons, du lever au coucher. Une espèce d'autopsie qui semble aspirer, absorber notre existence, si bien qu'il nous semble ne plus exister de notre vie propre, mais de la vie de l'homme que nous étudions, que nous fouillons, que nous creusons, de l'homme derrière lequel nous emboîtons le pas, entraînés dans le tourbillon de cette activité vagabonde de Juif-Errant d'affaires et d'amour, qui nous fatigue à sa fatigue.

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—L'éloignement est excellent pour la gloire et le retentissement d'un homme vivant: Voltaire à Ferney, Hugo à Jersey, deux solitudes qui riment et semblent se faire écho. Pour un homme de génie ou de talent: se montrer, c'est se diminuer.

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—Quand on est très ennuyé, la vie perd de sa réalité; il semble qu'il y ait du songe dans les faits, les spectacles, les passants.

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—Sous l'agacement du bruit, il arrive une espèce de maladie nerveuse de l'oreille, l'acuité de la perception devient douloureusement infinie, et l'on ne souffre pas seulement du bruit, mais de la prévision et de l'attente du bruit, et le bruit fait, on souffre encore de ce qui est si long à mourir dans les ondes sonores.

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8 février.—Toute cette semaine, enfoncés dans cette vie de Gavarni. Quel chasseur de femmes! Quel passionné de l'inconnu féminin! Quel suiveur de toutes celles qu'il voit, et que de rendez-vous!… Et quelquefois, je ne sais quoi de noir et de machiavélique, une méchanceté de LIAISONS DANGEREUSES, curieuse d'expériences cruelles, un jeu amer avec les faiblesses de la femme…