—En sortant d'une maison, où nous avions dîné gaiement ensemble, le fin et discret observateur qu'est Viollet-le-Duc, me disait, et sa remarque était parfaitement juste: «Il faut, pour qu'une soirée soit agréable, que la maîtresse de maison ait un amant et que cet amant ne soit pas là.»

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15 avril.—Rue de Courcelles. Le salon est en verve ce soir. Parmi les dîneurs, deux revenants: Gautier très pâle, ses yeux de lion encore plus affaissés; Claude Bernard, qui a le masque d'un homme qu'on a retiré de son tombeau… Et la conversation s'en va au mariage moderne, ce mariage sans cour, sans flirtation aucune, ce mariage brutal, cynique que nous appelons un viol par-devant le maire, avec l'encouragement des parents. Un moment l'on parle de l'embarras pudique de la jeune fille jetée dans le lit du mari, et là-dessus, une des dîneuses dit avoir entre les mains un curieux autographe: les instructions, par la poste, d'une mère absente, à sa fille…

Au fumoir, Théophile Gautier m'entretient de sa fille Judith, de son roman chinois paraissant dans la Liberté, qu'il trouve «du SALAMMBO sans lourdeur». Il me dit que c'est la plus étonnante créature du monde, un cerveau merveilleux, mais un cerveau qui serait, selon son expression, dans une assiette, n'ayant aucune corrélation avec sa personne, sa conduite, son état et son esprit dans la vie, la laissant «enfantine et dinde au possible». Elle n'est rien qu'un instrument, un outil devant une feuille de papier.

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—Thiers allant visiter stratégiquement les bords du Rhin, me représente assez bien Tom Pouce dans une botte de Napoléon.

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—L'autre jour, dans une phrase, la Païva s'est toute crachée. J'admirais les diamants de ses boucles d'oreilles: «Oui, j'en ai là pour cent francs de rente par jour!»

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—La religion n'a de prise que sur les enfances de l'homme à tous les âges de la vie.