16 septembre.—Auteuil.

Nous ne sommes pas bien sûrs de ne pas rêver… A nous ce grand joujou de goût, ces deux salons, ce soleil dans la feuillée, ce bouquet de grands arbres, en éventail sur le ciel, ce souriant coin de terre et le vol des oiseaux qui y passent.

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17 septembre.—Oui, c'est bien à nous la maison et le jardin, mais dans cette maison,—nous qui fuyions le bruit de Paris,—il y a le bruit d'un cheval, en une écurie invisible, dans la maison de droite, et le bruit d'enfants criards et pleurards dans la maison de gauche, et le bruit du chemin de fer qui passe devant nous, grondant, sifflant, et faisant tressauter l'insomnie.

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18 septembre.—Nous campons ici sur un matelas depuis quelques jours… Eh bien! oui, nous entrons dans cet hôtel, pauvres de dix mille livres de rentes, et en ce temps-ci. Mais de tout temps nous avons été de déréglés amateurs. Lors de son droit, Edmond qui avait une pension de 1200 francs pour son entretien et ses menus plaisirs, achetait, 400 francs, le TÉLÉMAQUE sur peau de vélin, de la vente Boutourlin.

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—Le bruit, toujours le bruit. Mal à l'aise et ne pouvant dormir de toute la nuit, et ayant comme une oreille douloureuse dans le creux de l'estomac, je fabriquais, dans mon insomnie, un conte sinistre, un conte à ajouter à l'œuvre de Poë. Un homme éternellement poursuivi par le bruit, allant des appartements qu'il loue, des maisons qu'il achète, des campagnes qu'on lui prête, des forêts où il y a comme à Fontainebleau la corne du corneur, des cellules des pyramides assourdies par la crépitation, des grillons; allant, allant toujours au silence, sans le trouver, et finissant par se tuer pour conquérir le silence du suprême repos, et ne l'obtenant pas encore:—les vers du tombeau l'empêchant de dormir.

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21 septembre.—La première plume taillée dans notre maison, l'a été, pour signer le reçu de la vasque au monstre japonais de 2000 francs, cédée par Chanton.