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26 septembre.—Le restaurateur Magny nous donnait, ce soir, ce curieux détail sur la décadence de la cuisine et du palais français. S'il n'était pas amoureux de son art, il aurait imité ses confrères, et aurait pu, depuis vingt-sept ans qu'il pratique, gagner 100000 francs sur le beurre, à raison de 4000 par an.
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30 septembre.—Quinze jours passés dans l'arrangement de cette maison, qui est la maison du restant de notre vie, dans le rêve de trouvailles pour l'orner, la parer d'art: nos yeux tout heureux de ce que son jour illumine et transfigure, en jouant sur nos dessins, nos terres cuites, nos tapisseries;—quinze jours à la parcourir du haut en bas, en y cherchant des contrastes et des harmonies sur les murs.
Une fatigue de tête qui rêvasse, mêlée délicieusement à un éreintement du corps.
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8 octobre.—Nous attendions l'omnibus au Point-du-Jour, contre le terrain de Gavarni, au-dessous de l'écriteau portant: Sept mille mètres de terrain à vendre.
La porte de la grille était entr'ouverte. Nous entrons, nous nous promenons sous le quinconce de marronniers sous lequel nous nous sommes promenés si souvent ensemble avec l'ancien propriétaire, quand un homme vient à nous, nous tendant la main, un revenant, un spectre, lui, Gavarni! Il a son air, son costume rustique, sa barbe inculte, son teint sanguin, ses yeux saillants. Il a un chapeau de paille comme lui, et peut-être le sien qu'il aura retrouvé dans le jardin—qu'il vend, lopin par lopin, pour le fils de Gavarni.
L'homme qui nous a donné cette vision d'outre-tombe, est un pauvre diable, ancien graveur sur bois, échoué là, par la misère.
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