1er décembre.—Oh! les agonies comme celle de Berryer, où la famille permet à la chronique de se fourrer sous le lit. Vilaines, ces morts toutes de publicité.
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—On s'étonne de la conscience de la main-d'œuvre dans l'art et l'industrie au XVIIIe siècle, mais n'était-ce pas le temps où Mme de Pompadour rentait un ouvrier pour la sculpture d'une chaise percée, et où le dîner de M. de Kaunitz, qui n'attendait pas les ambassadeurs, attendait un artiste?
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—En littérature, des délicatesses sont atteintes par des nerveux lymphatiques, que n'atteindront jamais les nerveux sanguins.
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—Nous étions sévères, peut-être injustes pour le talent de Mme Sand. Nous venons de lire les vingt volumes de l'HISTOIRE DE MA VIE. Au milieu du fatras d'une publication de spéculation, il y a d'admirables tableaux, des renseignements sans prix sur la formation d'une imagination d'écrivain, des portraits de caractères saisissants, des scènes merveilleusement dites, comme la mort XVIIIe siècle de sa grand'mère et son héroïsme douillet, comme la mort si parisienne de sa mère: des scènes, qui arrachent l'admiration et quelquefois les larmes.
C'est un grand document, malheureusement trop délayé, où le talent de Mme Sand, dans le vrai, l'observation juste des autres et d'elle-même, étonne et surprend.
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2 décembre.—J'ai devant moi, dans le salon de la princesse, le gros dos de Gautier, qui, assis, à la turque, les jambes croisées, se balançant sur ses deux bras, ainsi raccourci, a comme la taille d'un Triboulet nain. Il est aux pieds du fauteuil de Sacy qui lui parle par-dessus l'épaule, et dont le mépris enjoué a l'air de tomber de haut sur ce bizarre candidat romantique. Je souffrais de voir mon Théo dans cette pose… Ah! ce désir de l'Académie!… Et cela relevé de tant de grâce mélancolique et malade et de bouffonnante ironie: du Falstaff et du Mercutio mêlés.