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2 janvier.—Dîner chez la princesse avec Gautier, Octave Feuillet, et Amédée Achard, un homme du monde fané, un esprit sans accent, une voix sans timbre,—le type de l'effacement.
Éreintement de Ponsard, mené par Gautier et nous, à rencontre de la princesse; au bout de quoi, quelqu'un demande à Gautier, pourquoi il n'écrit pas ce qu'il dit: «Je vais vous conter une petite historiette, riposte tranquillement Gautier. Un jour M. Walewski me dit de n'avoir plus d'indulgence, et qu'il m'autorisait à écrire ce que je pensais sur les pièces.—Mais, lui dis-je, il y a cette semaine une pièce de X…—Ah! fit vivement Walewski, si vous ne commenciez que la semaine prochaine? Eh bien, j'attends toujours cette semaine prochaine.»
La princesse nous parle du prince impérial. Il paraît que c'est un conservateur en herbe, que son père appelle le petit éteignoir—et avec cela casseur en diable,—et dans une partie de jeu, ces temps-ci, un jour où son père ne l'avait pas mené au spectacle où il comptait aller, ayant brisé pour quarante mille francs de petits modèles de soldats exécutés par le sculpteur Frémiet: l'armée en réduction minuscule que l'Empereur a dans une armoire de sa chambre…
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—Par le froid, les petits musiciens passent dans les rues, leur violon sous l'aisselle, perdus dans d'immenses redingotes, un képi sur le sommet de la tête: caricaturaux et sinistres, ayant l'air de petits singes en carrick.
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—Un symptôme du temps. La boutique des libraires n'a plus de chaises. France fut le dernier libraire à chaise et la boutique où il y avait un peu de perte de temps entre les affaires. Maintenant les livres s'achètent debout. Une demande et un prix; rien de plus..
Voilà où la dévorante activité du commerce d'aujourd'hui a mené cette vente du livre, autrefois entourée de flânerie, de musarderie, et de bouquinage bavard et familier.
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