En montant l'escalier, il nous disait: «Oh! quand une fois on a été mordu de la misère, il vous reste toujours la crainte d'en être repiqué!»
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25 décembre.—Noël. C'est la loterie de la princesse, la distribution de ses étrennes à sa société, au hasard d'un tirage de cartes: 32 lots comprenant des bracelets, des robes de velours, des nécessaires de voyage, des tapis, des lampes, etc. Il y a là tous les intimes du moment, les deux princesses Primoli et Gabrielli et leurs maris, du Sommerard et sa femme, M. et Mme Reiset, Mme de Lespinasse, les peintres Marchal, Baudry, Hébert, Boulanger, Protais, Saintin, les Giraud, et nous deux, comme hommes de lettres.
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30 décembre.—Passé aujourd'hui devant l'ancienne maison de Gavarni, avenue de l'Impératrice.
Il y a presque du cimetière dans cette bâtisse lugubre, avec sa grille rouillée, son jardinet à plates-bandes de buis, ses arbustes verdâtres. Le moisi de la tombe mange les marches descellées des portes-fenêtres du rez-de-chaussée. Nous regardons cette misérable maison ambitieuse de bourgeois de l'Empire, cette maison de plâtre, plaquée de fenêtres d'occasion, avec son fronton de temple grec, grignoté par la pluie. Nous regardons le vide à travers ces fenêtres sans rideaux, battues d'une moitié de persienne, et nous pensons à tout ce que cette maison a eu des mauvaises chances de la vie du grand artiste, de ses tristesses, des absorptions de sa maladie.
Et malgré tout, nous sommes encore heureux de la voir debout, cette maison! elle nous le rappelle. Les maisons de ce temps durent si peu, gardent si peu longtemps la mémoire de ceux qui y ont vécu!
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ANNÉE 1867
1er janvier.—Une heure du matin. Année 1867, qu'est-ce que tu nous apporteras?