—Tiens! sourd, voilà le tien,—dit-il au Batignollais.
—Mais dis donc, farceur! tu as reçu une lettre chargée ce matin… Tu vas payer quelque chose… Viens un peu par ici que nous reprenions notre conversation…
Le sourd des Batignolles avait une corde comique, l'avarice, une avarice qu'on eût dite amassée par plusieurs générations paysannes de la banlieue de Paris. Il avait une défiance terrible de ce monde où il s'était aventuré, et qu'une tante, dont il rabâchait en neveu respectueux et en héritier affectionné, lui avait peint sans doute comme une caverne. Rien n'était plus amusant que sa grossière peur d'être carotté, et la continuelle préoccupation avec laquelle il se défendait d'avoir de l'argent dans sa poche. Il parlait toujours de sa misère, des sept cents pauvres malheureux francs de la pension de sa tante, de ses créanciers des Batignolles. Il montrait, comme des contraintes, des en-têtes de contributions, grommelait, mâchonnait des chiffres, des comptes de pauvre, demandait le prix de tout. Quand on voulait le faire jouer, il demandait à ne jouer que des centimes; et quand il avait perdu cinq sous, il disait qu'il allait mettre en gage sa redingote de velours.
La plaisanterie habituelle d'Anatole consistait à lui persuader qu'il voulait épouser sa tante, une charge qui, malgré sa monstruosité, ne laissait pas que d'inquiéter vaguement, par son retour quotidien et l'air sérieux d'Anatole, les espérances du neveu.
Quand le sourd fut assis à côté de lui, Anatole lui empoignant le cou à lui dévisser la tête, approcha sa bouche de la meilleure de ses deux oreilles, et lui cria dedans de toute sa force:
—Quel âge m'as-tu déjà dit qu'avait ta tante?…
—Trente-cinq.
—Mettons quarante… Est-elle ragoûtante?
—Qui ça?
—Ta tante.