Un gamin venait d'entrer, apportant à Anatole une tasse de café au lait.
—Tu reviendras demain… Aujourd'hui congé, pas de leçon… c'est saint Barnabé!
Et, revenant à madame Crescent, quand l'enfant fut parti:—Je suis très-bien ici… La portière me fait mon ménage à l'œil, pour des leçons que je donne à son moutard, à ce petit idiot-là… Il n'a pas la moindre disposition… Ça ne fait rien… Cette vieille bête de femme est si enchantée que, dans les premiers temps, elle m'envoyait un verre de vin avec mon café… des attentions à toucher un frotteur!… Ça s'arrange très-bien… Pendant qu'elle est là qui brosse mes affaires, qui cire mes souliers, je colle ma leçon au petit… Hein? de beaux draps? Je m'en suis aussi payé deux paires avec quatre taies d'oreiller… Oh! je suis requinqué… Voyez-vous! maintenant, je mène une vie d'un rangé! je rentre tous les soirs de bonne heure pour me sentir bien chez moi, jouir de tout ça, de mon petit intérieur… Je m'amollis dans le bien-être, quoi!… Quand je suis là-dedans, dans mes draps, avec une bougie, je me sens un bonheur!… Dire que j'ai encore soixante francs en or, là-haut, sur ce cadre!… Moi qui depuis des temps ne me suis jamais vu d'avance pour plus de trois jours… Enfin, c'est un secours de deux cents francs qui m'est joliment tombé…
—Ah! tu es si heureux que ça?—fit madame Crescent avec un air embarrassé.
—On dirait que ça vous fait de la peine?
—Non… mais c'est que…
Elle s'arrêta.
—C'est que… quoi?
—Je t'apportais quelque chose.
Et elle tira gauchement de sa poche une lettre qui avait l'apparence d'une lettre ministérielle.